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Le plein d'espoir
Il y a une semaine, la France communiste a repris la parole. Fabien Roussel a officialisé sa candidature depuis le plateau du 20h, puis l'a portée sur le marché de Rungis, à la matinale de la 2, et enfin devant les dizaines de milliers de personnes réunies à la Fête de l'Humanité. Un triptyque simple, presque désarmant de simplicité : travail, salaire, emploi. Et pourtant, à l'entendre, quelque chose s'est remis à bouger en moi que je croyais fatigué depuis longtemps : l'espoir.
Cela fait plus de trente ans que je travaille dans la protection de l'enfance. J'ai vu des services d'AEMO fondre sous les suppressions de postes pendant que les listes d'attente s'allongeaient. J'ai vu des collègues, formés, compétents, engagés, quitter le secteur non par manque de conviction mais parce qu'on ne peut pas éternellement porter la souffrance des autres avec un salaire qui ne suit pas l'inflation et des effectifs calculés au plus juste. J'ai vu des maternités fermer, des travailleurs sociaux syndicalisés se faire écraser par des directions qui préfèrent le double discours à l'écoute réelle. Alors quand j'entends un candidat dire tout haut qu'il faut que « ça agisse vite et fort », qu'il faut occuper les ronds-points, se mobiliser devant les préfectures, devant Matignon, devant le siège de Total, je ne l'entends pas comme un slogan de meeting. Je l'entends comme la description exacte de ce que vivent, chaque jour, les gens que j'accompagne et les collègues avec qui je travaille.
Ce que ce programme communiste peut susciter comme espoir, ce n'est pas d'abord une promesse électorale. C'est la remise à l'ordre du jour d'une évidence qu'on nous a fait passer, pendant des années, pour une utopie dépassée : que la richesse produite dans ce pays pourrait servir à autre chose qu'à enrichir des actionnaires pendant qu'on ferme des services publics. Nationalisations, lutte contre l'exil fiscal, revalorisation des salaires : ce ne sont pas des mots creux pour qui a vu, de l'intérieur, ce que le manque de moyens fait concrètement aux enfants placés, aux familles suivies, aux professionnels épuisés. Quand Roussel dénonce ceux qui « s'enrichissent sur la guerre » ou qui licencient les poches pleines, il touche à quelque chose que beaucoup d'entre nous, dans le travail social, connaissons de l'intérieur : le sentiment d'être sommés de faire toujours plus avec toujours moins, pendant que l'argent, lui, ne manque pas — il est simplement ailleurs.
Il y a aussi, dans cette campagne, une promesse de dignité retrouvée pour le travail. Pas le travail abstrait des indicateurs de performance, mais celui, concret, des mains et de la présence : les soignants qui manquent dans les maternités qui ferment, les éducateurs qui manquent dans les services débordés, les caissières de Rungis, les agents des services d'incendie et de secours qui, eux aussi, se mobilisent cet automne pour leurs moyens et leurs effectifs. Un projet politique qui remet le travail et ceux qui le font au centre, plutôt que la rentabilité et ceux qui la captent, c'est un projet qui parle directement à quiconque a vu son métier se vider de son sens à mesure que les coupes budgétaires s'accumulaient.
Je ne suis pas naïf : un discours de meeting n'est pas un gouvernement, et la route entre les deux est longue, semée d'obstacles, de compromis, de rapports de force à construire. Mais après des années où la résignation semblait être la seule option raisonnable pour qui travaille dans le social, entendre une candidature dire sans détour qu'il faut « faire la révolution maintenant dans la rue avant les urnes », qu'il faut se mobiliser plutôt que subir, ça redonne un point d'appui. Ça rappelle que les choses ne sont pas données une fois pour toutes, qu'elles se gagnent, qu'elles se sont déjà gagnées par le passé — et qu'elles pourraient l'être encore.
C'est cet espoir-là que je voulais mettre en mots : pas celui d'un programme parfait, mais celui d'une parole qui ose encore dire que non, ce n'est pas une fatalité.