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40 000 personnes devant la grande scène de la Fête de l'Huma pour l'allocution de Fabien Roussel. Le plus grand meeting de ce début de campagne électorale à ce jour. Et la première réaction de quelques bonnes âmes sur les réseaux sociaux ?
"C'est de l'IA. C'est une manipulation numérique. C'est une illusion."
Il faut lire le petit encart de Gérard Streiff dans Communistes pour comprendre où on en est déjà. La rumeur a circulé quelques heures avant d'être balayée par les faits, par les vidéos, par tous ceux qui y étaient. Mais le mal est fait. C'est ça qui me met en colère.
J'en ai ras-le-bol. Ras-le-bol de ces querelles stériles et mortifères.
Mortifères parce qu'elles tuent tout. On sort d'une première semaine de campagne où il y avait justement de quoi débattre sur le fond. Un candidat qui va à Rungis parler travail, salaire, emploi à 3 heures du matin. Qui parle pouvoir d'achat, blocage des prix de l'essence, nationalisation de l'énergie, lutte contre l'exil fiscal. Qui propose, comme il l'a dit place Angela Davis, l'union du peuple face aux actionnaires. On peut être d'accord, pas d'accord, discuter, amender. C'est ça une campagne.
Et non. On passe la semaine à commenter si la foule est une fabrication de l'intelligence artificielle. La semaine d'avant, on passait la semaine à commenter s'il fallait dire Pouyanné ou pas Pouyanné, s'il avait fait feu ou pas sur le candidat insoumis, si c'était rouge qui tache ou pas assez rouge. On ne parle jamais du triptyque travail, salaire, emploi. On ne parle jamais de la proposition de pôle public de l'énergie que symbolise le dessin de Chantal Montellier avec la Terre plantée de drapeaux Total. On ne parle jamais de ce que veut dire sécurité d'emploi et de formation pour un intérimaire de Rungis ou pour quelqu'un qui fait 40 bornes par jour pour aller bosser à Massy ou à Angervilliers.
Ces querelles sont stériles parce qu'elles ne produisent rien. Elles ne remplissent pas un frigo, elles ne baissent pas un plein, elles ne créent pas un emploi. Elles sont mortifères parce qu'elles organisent le dégoût. Elles font croire que la gauche ne sait faire que ça : compter les participants, s'accuser de trahison, se soupçonner de trucage. Pendant ce temps, ceux qui s'enrichissent sur la guerre et sur la spéculation peuvent dormir tranquilles. Comme le dit Streiff, cela en dit long sur l'incrédulité de bien des observateurs devant la force communiste. Quand 40 000 personnes se rassemblent un samedi après-midi pour parler pouvoir d'achat, certains préfèrent croire à l'IA plutôt qu'à la réalité d'une colère populaire. C'est du mépris de classe pur et simple.
Si on entre dans une campagne où tous les coups seront permis, comme il l'écrit, alors il faut choisir. Ou bien on continue à s'écharper sur des captures d'écran, à lancer des insinuations, à jouer au plus pur, et on laisse le terrain à l'extrême droite. Ou bien on revient au réel. Au prix du litre. Au salaire qui ne suit pas. Au sens du travail.
Moi, ce que j'ai vu sur les images de la Fête, ce n'est pas une illusion. C'est 40 000 personnes qui n'ont pas besoin d'intelligence artificielle pour avoir de l'intelligence collective. C'est ça que je veux qu'on raconte. Point.