/image%2F7041264%2F20260914%2Fob_e14dae_1000042916.jpg)
Dans mon secteur, celui de la protection de l'enfance et de l'accompagnement social, je connais peu de collègues qui posent un arrêt de travail "de confort". Ceux que je vois s'arrêter sont ceux qui ont tenu trop longtemps : sous-effectifs chroniques, charge émotionnelle qu'on porte seul faute de temps d'équipe, sentiment de plus en plus fort de ne pas pouvoir faire correctement un travail qu'on sait pourtant essentiel. L'arrêt de travail, dans ces cas-là, n'est pas une fuite. C'est souvent la seule soupape qui reste quand le corps ou la tête refusent d'aller plus loin.
Réduire mécaniquement la durée de ces arrêts, renforcer les contre-visites, durcir les contrôles : tout cela part d'un postulat implicite, celui du salarié suspect, qui profiterait du système. Ce postulat, je le trouve à la fois injuste et dangereux. Injuste parce qu'il stigmatise des gens déjà fragilisés par leur travail. Dangereux parce qu'il pousse à des reprises prématurées, avec le risque de rechutes, d'aggravations, et au bout du compte, de coûts plus lourds encore pour la collectivité.
Ce que cette mesure ne traite pas, c'est la question qui devrait pourtant être centrale : pourquoi arrête-t-on de plus en plus ? Pourquoi l'épuisement professionnel touche-t-il autant de secteurs, et particulièrement le nôtre ? Tant qu'on refusera de regarder cette question en face, on continuera à soigner le thermomètre plutôt que la fièvre. On demandera aux équipes de tenir plus longtemps, avec moins de moyens, moins de reconnaissance, et on s'étonnera ensuite que les arrêts se multiplient.