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Ce que la formation m'apprend d'eux
Il est indéniable que le secteur social va mal. Il manque des moyens pour créer des structures qui répondent réellement aux besoins, des structures qui évitent de mélanger des populations et des problématiques souvent très différentes — problématiques qui, prises une à une, sont déjà complexes, et qui deviennent presque ingérables lorsqu'elles se retrouvent mises en contact les unes avec les autres.
Que dire aussi des conditions de travail, où trop souvent les travailleurs sociaux se retrouvent dans des situations qui peuvent non seulement les mettre en danger, mais aussi mettre en danger les populations qu'ils sont censés protéger ?
Que dire de ces organisations où chefs de service et coordinateurs sont présents, pour certains, uniquement dans la dénomination, mais peu sur le terrain, consciemment ou non ? Que dire de cette organisation quand elle noie le professionnel, qu'il soit cadre ou non ?
Que dire du courage de certains professionnels — c'est bien le mot qui ressort quand on consent enfin à les écouter — pour aller affronter une réalité qui mène à des maladies professionnelles, à des arrêts de travail, puis à des départs ? Que dire enfin de la considération portée à ces travailleurs, entre moyens inadaptés, horaires décalés, parfois corvéables à merci, et fiches de paie de travailleurs pauvres ?
Former, c'est aussi se confronter à ces réalités. Sortir de la pure théorie — certes indispensable — mais qu'on se doit de nuancer à partir du vécu des personnes qu'on a en face de soi.
Éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs, CESF, AS, TISF, coordinateurs, maîtresse de maison: ils ont tous en commun le désir de bien faire, mais aussi, hélas, une certaine désespérance qui amène certains d'entre eux à quitter le navire en train de sombrer.
Ces gens-là, je les ai rencontrés, et je suis comme eux. Ils me touchent par leur envie et leurs interrogations. Le partage de quelques heures avec eux est d'une richesse insoupçonnable. Et si, en fin de formation, ils ont pu profiter d'un espace de respiration, aussi petit soit-il, ce bénéfice, en l'état actuel des choses, est primordial.