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Le Sénat, ou la mansuétude devenue règle.
Avec douze nouveaux élus, le Rassemblement national va former son propre groupe au Sénat, aux côtés de ses alliés. En 2020, le parti recueillait 3 436 voix aux sénatoriales. Cette année, 12 418. L'Humanité y voit un laboratoire de l'union des droites. Je crains qu'elle n'ait raison.
Ce qui me frappe tient moins au score qu'à l'accueil qui lui est réservé. Le président du groupe LR promet qu'il n'y aura « aucune porosité », mais concède dans le même souffle qu'il n'y a pas de cordon sanitaire à droite. Une sénatrice se dit prête à travailler « avec tous ceux qui veulent faire avancer la France ». Le RN, lui, parle de composer « un gouvernement d'ouverture ». Chacun rassure et personne ne s'indigne. On appelle cela une recomposition.
J'ai déjà écrit sur le sujet : sur ce député RN affirmant que le travail rend libre, sans que la mémoire d'Auschwitz semble l'arrêter, et sur l'absence de réaction collective, comme si l'histoire n'avait servi à rien. Ces deux constats se rejoignent ici. L'extrême droite ne progresse pas seulement par ses idées, mais par notre accoutumance.
La mansuétude est devenue générale. On excuse une phrase, on relativise une alliance, on invoque le pragmatisme. Chaque indulgence rend la suivante plus facile, jusqu'au jour où plus personne ne s'étonne de rien. Je refuse d'entrer dans cette habitude. L'indignation n'est pas un excès : c'est ce qui nous reste pour empêcher que l'inacceptable devienne ordinaire.