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Journée internationale de la jeunesse : ce que le terrain m'a appris
Depuis le début des années 1990, j'exerce le métier d'éducateur spécialisé. AEMO, référent familial, accompagnement de jeunes déscolarisés : j'ai passé plus de trente ans aux côtés d'enfants et d'adolescents que la société regarde souvent avec méfiance avant de les regarder tout court. Ce que ce métier m'a appris, avant toute chose, c'est qu'un jeune qu'on écoute vraiment devient un interlocuteur, et qu'un jeune qu'on ignore devient un problème qu'on se contente de gérer.
Cette conviction, je l'ai portée sur un autre terrain : celui de la vie municipale. Pendant dix-sept ans, à Angervilliers, j'ai occupé le camp de l'opposition, deux fois candidat aux élections municipales. Ce n'était pas un hasard de carrière : c'était le prolongement logique de mon métier. Si je passe mes journées à me battre pour que la parole des enfants et des jeunes soit entendue dans les institutions, je ne pouvais pas défendre autre chose que cela dans mon village.
Ma proposition, celle que je continuerai à porter, est simple à énoncer et exigeante à mettre en œuvre : construire des dispositifs de participation citoyenne adaptés à chaque tranche d'âge. On ne consulte pas un enfant de huit ans comme un adolescent de seize ans, ni un adolescent comme un jeune majeur qui cherche sa place dans le monde du travail ou dans la vie civique. Trop souvent, la « participation des jeunes » se résume à une réunion publique en soirée, à laquelle personne de moins de trente ans ne vient — et on en conclut que « les jeunes ne s'intéressent à rien ». C'est l'inverse qui est vrai : ce sont les formats qui ne s'intéressent pas à eux.
Pour les plus jeunes, cela veut dire des temps d'expression concrets, ancrés dans leur quotidien : l'école, les espaces de jeu, le cadre de vie proche. Pour les adolescents, des espaces où la parole peut être critique, parfois frontale, sans être immédiatement disqualifiée par les adultes. Pour les jeunes majeurs, une vraie place dans les instances de décision, pas un strapontin symbolique dans une commission consultative sans pouvoir réel.
Je sais depuis mon métier que la confiance ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, par des adultes qui reviennent, qui tiennent parole, qui ne lâchent pas au premier silence. C'est vrai en protection de l'enfance. C'est vrai aussi en démocratie locale.
J'ai perdu les élections. J'ai démissionné de mon mandat d'opposant par respect pour le résultat du vote. Mais une proposition politique ne meurt pas avec une défaite électorale : elle continue d'exister comme exigence, comme boussole pour ce qui reste à construire. En cette Journée internationale de la jeunesse, c'est ce que je veux redire : les jeunes ne manquent pas d'envie de participer. Ce sont les adultes qui manquent trop souvent d'imagination pour leur en donner les moyens.
Pistes de réflexion
Repenser ce que « participer » veut dire selon l'âge : on ne peut pas mesurer l'engagement d'un enfant ou d'un adolescent avec les mêmes critères qu'un adulte (assiduité à des réunions, prise de parole formelle). Il faut interroger nos propres grilles de lecture avant d'interroger l'engagement des jeunes.
Sortir de la logique du guichet : la participation ne doit pas être un dispositif ponctuel qu'on active avant une élection ou pour cocher une case, mais une pratique continue, inscrite dans le fonctionnement ordinaire de la commune.
Interroger le rapport de pouvoir entre adultes et jeunes dans les instances existantes : un conseil municipal des jeunes sans budget ni pouvoir de décision réel enseigne aux jeunes que leur parole ne compte pas — c'est le contraire de l'effet recherché.
Faire le lien entre participation citoyenne et confiance construite sur le temps long, comme en protection de l'enfance : la première tentative de participation d'un jeune est souvent une tentative test ; si elle échoue ou si elle est ignorée, la seconde n'aura pas lieu.
Pistes de travail
Cartographier les lieux et temps où les enfants et les jeunes du village passent déjà du temps (sorties d'école, terrain de sport, foyer des jeunes, transports scolaires) pour aller à leur rencontre plutôt que d'attendre qu'ils viennent à une réunion.
Former les adultes (élus, animateurs, encadrants) à l'écoute et à l'animation de groupes de jeunes, pour éviter que les temps de participation ne deviennent des simulacres animés maladroitement.
Associer des professionnels du travail social et de l'animation à la conception des dispositifs, en s'appuyant sur ce que ces métiers savent déjà de l'écoute des enfants et des adolescents.
Prévoir une restitution systématique : chaque parole recueillie doit donner lieu à une réponse publique, même quand la réponse est négative, pour ne pas reproduire l'expérience de la parole qui tombe dans le vide.
Propositions par tranche d'âge
Enfants (6-11 ans)
Ateliers d'expression sur le cadre de vie proche (école, jeux, sécurité des trajets), animés dans des formats courts et concrets, avec des supports visuels ou de dessin plutôt que des débats oraux formels.
Une « boîte à idées » enfantine accessible dans les lieux qu'ils fréquentent (école, bibliothèque), avec un retour systématique donné en classe ou en réunion publique.
Adolescents (12-17 ans)
Des espaces de discussion réguliers, hors les murs de la mairie, où la critique peut s'exprimer sans être immédiatement recadrée par les adultes présents.
Un budget participatif dédié, même modeste, dont les adolescents décident seuls de l'attribution, pour qu'ils expérimentent concrètement la responsabilité et pas seulement la consultation.
Jeunes majeurs (18-25 ans)
Des sièges avec voix délibérative, et non seulement consultative, dans les commissions municipales qui les concernent directement (emploi, logement, mobilité, culture).
Un accompagnement vers l'engagement associatif et politique local, pour que la première expérience citoyenne d'un jeune majeur ne soit pas seulement le bulletin de vote.