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Juin 2026. Je n'ai pas encore entendu le coup d'envoi à Inglewood, mais je lis déjà où se joue la vraie sélection, à la douane.
Moi, je ne lis pas le récit d'une Coupe du monde de football. Je lis la Coupe du monde de Donald Trump. Depuis janvier, je lis qu'il a ressorti son travel ban, 39 pays sur liste noire, de quoi saboter 78 matchs sur 104. Je lis qu'il bloque net les visas pour 15 nations, Brésil, Maroc, Haïti en tête, au nom de l'intérêt public. Je lis qu'il exige une caution jusqu'à 15 000 dollars pour les ressortissants de 50 pays, dont cinq qualifiés que je suis, Algérie, Cabo Verde, Côte d'Ivoire, Sénégal, Tunisie. Et je lis que, sous pression, il murmure une petite exemption pour ceux qui ont déjà un billet en poche.
Pendant ce temps, je tombe sur la photo. À Washington, Gianni Infantino pose dans le Bureau ovale. Sourire, maillot floqué "TRUMP 26", poignée de main. Je lis sa légende où il remercie le président d'avoir rendu le Mondial possible. Je comprends alors, le patron de la FIFA ne négocie pas des droits, il collectionne des photos.
Et sur le terrain, moi je cherche les hommes dans les articles.
Je lis l'histoire d' Omar Abdulkadir Artan. Somalien, 34 ans, meilleur arbitre africain 2025, premier de son pays sélectionné pour un Mondial. Je lis qu'il atterrit à Miami avec son sifflet FIFA et son passeport diplomatique. Onze heures sous néons blancs. Questions sur Al-Shabab, fouille du téléphone, puis on lui montre la sortie. Pas d'hôtel, pas de terrain. Juste un vol retour. Je lis ensuite que le hub des arbitres est imposé à Miami, donc un refus américain efface une carrière.
Je lis ensuite le même couloir pour les joueurs. Je lis que Breel Embolo, l'attaquant suisse, voit son avion pour San Diego annulé au décollage, obligé de refaire la queue à Berne. Je lis que l'Afrique du Sud débarque avec vingt visas en retard et l'entraînement qui saute. Je lis que l'Irakien Aymen Hussein passe sept heures en salle d'interrogatoire. Je lis que l'Iran se fait refuser quinze membres de délégation, les autres autorisés à entrer seulement le jour du match, comme des livreurs. Je lis que l'Ouzbékistan est accueilli par des chiens renifleurs sur le tarmac. Je lis qu'on demande au Sénégal d'enlever ses chaussures en ligne, sous les caméras.
Et les tribunes ? Je lis qu'elles se vident avant même de se remplir. Je lis les alertes des groupes de défense depuis mai, ils parlent de détentions arbitraires, de surveillance, d'une ICE qui a gonflé à 750 000 places et qui compte déjà plus de 50 morts en détention depuis 2025. Je lis que Three Lions Pride et d'autres collectifs LGBTQ annoncent qu'ils n'iront pas, 530 lois anti-LGBTQ votées depuis le retour de Trump. Je lis que des Écossais voient leur ESTA révoqué la veille du départ. Je lis que des Congolais sont recalés pour cause d'Ebola. Je lis l'histoire de familles sénégalaises, algériennes, ivoiriennes, qui ont hypothéqué un billet à 15 000 dollars de caution, et qui restent devant un écran noir.
Je relis Amnesty, et ça me cloue, assister à un match de football ne devrait jamais entraîner une détention arbitraire ou une expulsion, et la FIFA ne peut rester silencieuse.
Alors oui, je l'écris. Je savais déjà que la FIFA se foutait du sport. En 2026, aux États-Unis, je lis qu'elle se fiche aussi des droits de l'homme. Elle a choisi un pays hôte qui trie ses invités à la frontière, elle a choisi un président qui transforme un visa en loterie, et elle a choisi de sourire pour la photo.
Moi, je ne lis plus une Coupe du monde. Je lis le récit d'un contrôle d'identité géant avec un ballon au milieu.