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Je suis dans le rouge tout le temps ». Symptôme d'un secteur à bout.
Hier, mardi 26 mai, vous étiez une centaine devant le siège de Nexem, dans le 3e. Psychologues, aides à domicile, éducateurs spécialisés. Portes fermées. Je n'y étais pas. Pour des raisons personnelles, je n'ai pas pu être avec vous. Mais je vous ai suivis à distance, et je soutiens pleinement l'initiative.
J'ai lu l'article ce matin. J'ai surligné une phrase. Barbara, éducatrice spécialisée dans un externat médico-éducatif, à 1 800 euros par mois : "Je fais un accompagnement pas qualitatif et en plus, je suis dans le rouge tout le temps".
Son exemple n'est pas une anecdote. Il est symptomatique de la crise que traverse tout notre secteur.
Ce qu'elle décrit, je l'ai personnellement retrouvé dans mes échanges avec différents travailleurs sociaux ces derniers mois. Pas dans un rapport, dans des discussions directes. Des collègues qui doivent demander aux familles de venir même quand l'enfant est malade parce qu'il faut facturer le repas. Des équipes qui voient des distributeurs de savon manuels, moins chers, installés alors que des jeunes avec des troubles moteurs n'arrivent pas à les utiliser. Des pros à qui on refuse une formation à la gestion de crise, "trop cher", alors qu'ils se font casser la gueule tous les jours.
On nous parle de "manque de moyens" comme d'une fatalité. Ce n'est pas une fatalité. C'est un choix. Rien qu'en 2025, plus de 12 000 emplois ont été supprimés dans l'associatif. La Croix Saint-Simon, Cités Caritas, Emmaüs Alternatives : des structures qui ferment ou qui vacillent. Et pendant ce temps, Axess et Nexem poussent une Convention Collective Unique et Étendue pour tirer tout le monde vers le bas.
À la CGT, c'est exactement ce contre quoi on se bat en commission mobilisation Île-de-France. Pas pour une prime isolée. Pour empêcher cette CCUE au rabais. Pour garder nos congés trimestriels, nos classifications, nos repères. Parce que sans ça, on ne tient pas psychiquement. Parce que sans ça, ce sont les personnes accompagnées qui paient.
C'est pour ça que j'ai lancé la pétition Travail social en colère. Pas pour râler. Pour nommer. Pour dire que la braderie du secteur, ce n'est pas une impression, c'est une politique : postes non remplacés, équipes à genoux, appels à projets annuels qui nous mettent en concurrence et nous obligent à trier les publics les plus difficiles.
Et c'est pour ça que je suis la chaîne Interrogatoire Social. Parce qu'elle met des mots d'éducateur spécialisé sur ce que l'article résume en trois colonnes. Elle montre les dérives de l'intérieur : la marchandisation, le glissement du métier relationnel vers un métier de gestion, la perte de sens.
Mireille, auxiliaire de vie, dit dans l'article : heureusement qu'on a eu les 183 euros du Ségur, sinon on serait sous l'eau. Giovanna, aide-soignante à 2 100 euros, n'a même pas droit aux tickets resto alors qu'elle passe sa journée dans les escaliers d'immeubles. On n'est pas des "grands rouleurs" pour le gouvernement. On est juste invisibles.
Barbara résume tout : un accompagnement empêché, et une professionnelle qui n'arrive plus à vivre de son travail. Ce n'est pas son problème individuel. C'est le nôtre, collectivement.
Je n'étais pas dans la rue hier, mais je serai à la prochaine. En attendant, je signe, je relaie, je m'organise. Parce que le travail social n'est pas à vendre et il risque de péricliter pour ne pas dire plus.