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Aujourd’hui, je ressens une profonde émotion en voyant Robert Badinter entrer au Panthéon. Ce n’est pas seulement la République qui honore un de ses serviteurs, c’est une part de notre conscience collective qui s’élève. J’ai pensé à l’homme qu’il était : digne, courageux, inébranlable face à la violence et à la peur. Un homme qui a choisi la justice contre la vengeance, la raison contre la barbarie.
Badinter, c’est une voix qui a su s’élever quand beaucoup se taisaient. Une voix claire, posée, mais ferme. Celle d’un avocat qui croyait que chaque être humain, même le plus coupable, a droit à la dignité. Celle d’un ministre qui, face à une assemblée encore hésitante, a osé prononcer les mots qui libèrent : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. »
Je mesure aujourd’hui combien cet héritage nous oblige. Dans un monde où l’on crie plus qu’on ne pense, où la colère prend souvent le pas sur la réflexion, Badinter nous rappelle que la justice ne peut exister sans humanité. Qu’un État qui tue au nom de la loi cesse d’être un État de droit.
Son entrée au Panthéon a quelque chose de profondément juste. Et pourtant, il n’y sera pas physiquement. Son corps restera à Bagneux, mais c’est son esprit qui entre sous la coupole : sa robe d’avocat, ses livres, ses combats. C’est sans doute mieux ainsi. Robert Badinter n’appartient pas à un lieu, il appartient à une idée. Celle d’une République qui protège, qui pense, qui s’élève.
En tant qu’éducateur, je pense à ce que nous transmettons aux jeunes générations : la valeur de la vie, le sens du respect, la force du dialogue. En tant qu’élu, je me dis que notre rôle, à notre échelle, c’est aussi de continuer à faire vivre cet humanisme exigeant. Et en tant qu’homme, simplement, je ressens une forme de gratitude.
Gratitude envers celui qui a rappelé à la France que la justice n’est pas vengeance, mais espérance. Gratitude envers celui qui a montré qu’on peut être à la fois ferme et juste, lucide et humain.
Aujourd’hui, je me dis que si le Panthéon accueille Robert Badinter, c’est aussi à nous de faire vivre ce qu’il y laisse : une exigence morale, un devoir de justice, et une foi profonde dans la dignité de chaque vie.