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La triste histoire de l’édile multicarte qui avait fait de son engagement un métier
Tout avait commencé par une adhésion. Un geste en apparence anodin, presque banal : signer un bulletin d’adhésion à un parti, rejoindre une liste unique dans un petit village, se dire qu’on allait enfin “s’impliquer”.
Au début, l’intention semblait louable. Servir, contribuer, participer à la vie locale. Puis, très vite, il y eut ce besoin d’être vue, reconnue, citée. D’être en tête.
Association de parents d’élèves, comité de fêtes, commissions en tout genre : elle voulait exister dans tous les espaces. Et, petit à petit, la conviction s’est effacée devant l’ambition. Adjointe d’abord, elle a su profiter de l’aura du maire en place pour s’imposer naturellement — ou plutôt, opportunément — comme sa successeur.
Devenue maire, elle a fait ce que font tant d’autres : transformer l’engagement en métier. Une fonction en tremplin. Une cause en carrière.
Elle utilisait son étiquette politique selon la direction du vent : fière militante le lundi, indépendante le jeudi. Le seul fil rouge, c’était elle-même. Et avec le temps, les ambitions se sont élargies : communauté de communes, département… Peu ou pas d’actions concrètes, mais une présence habile, une accumulation patiente de titres, d’indemnités et d’influence.
Pourtant, bâtir un château sur du sable, c’est toujours courir le risque qu’il s’écroule au premier souffle de vent.
Élue, réélue, par habitude plus que par conviction, elle règne sans partage. Les colistiers s’en vont, épuisés par l’autoritarisme et le manque d’écoute. Les habitants, eux, s’habituent. L’indifférence s’installe. Et l’édile, préoccupée surtout de sa propre image, soigne les photos, occupe le terrain médiatique, distribue sourires et pressions selon les circonstances.
Mais derrière les apparences, le vide s’installe. Car gouverner sans débattre, c’est trahir la démocratie locale.
La représentativité n’est pas un titre honorifique : c’est une responsabilité. Or, dans ce type de pouvoir verrouillé, la politique devient une mécanique d’entretien de soi-même. Plus de projets collectifs, plus de dialogue, plus de respiration citoyenne.
Alors, bien sûr, l’histoire récente semble lui donner raison : elle est encore là, solidement installée. Mais pour combien de temps ?
Car à force de confondre le mandat et la propriété, l’autorité et la domination, l’engagement et le carriérisme, on finit toujours par se retrouver seule, face à un miroir qui ne renvoie plus rien.
Imaginons un instant que les citoyens se réveillent. Qu’ils décident de reprendre la parole, de s’informer, de débattre, de choisir autrement.
Que la démocratie locale redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace vivant, ouvert, exigeant.
Alors, les châteaux de sable s’effondreront d’eux-mêmes, et avec eux, ces élites multicarte qui se sont servies de la République au lieu de la servir.
Bien sûr, ce n’est qu’une histoire. Une fiction, dira-t-on, et je ne chercherai pas à la faire éditée 😉.
Mais parfois, la frontière est tenue entre fiction et réalité.
Et la morale, elle, est limpide : c’est dans l’engagement désintéressé, collectif, et sincère que se joue le véritable renouveau démocratique.
Ça sera la morale de l'histoire.