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Un simple bouquet de fleurs. C’est tout ce que j’ai apporté cette année. Pas grand-chose. Juste quelques couleurs sur la table, un parfum discret dans l’air. Un cadeau éphémère. Comme la mémoire de ma mère.
Elle me reconnaît encore. Son regard s’attarde sur moi, son sourire me touche, parfois même elle prononce mon prénom. Mais déjà, les repères s’effacent. Elle cherche son chemin dans les phrases, trébuche sur les dates, mélange les noms. Elle me demande, plusieurs fois dans l’heure, si mon père est mort. Et ma grand-mère aussi ? Et quand ? Et comment ? Et pourquoi on ne les voit plus ?
Je lui réponds, encore et encore, avec les mots les plus doux. Comme si la vérité pouvait se dire sans douleur, même mille fois répétée. Et je la regarde s’éloigner doucement, par instants, dans un monde flou que je ne peux pas rejoindre. Mais elle revient aussi, par éclairs. Un rire. Un souvenir. Une chanson qu’elle fredonne sans savoir d’où elle la tient.
Ce n’est plus la mère forte, solide, pilier de mon enfance. Mais c’est encore elle. Plus fragile, plus désarmante. Elle est là. Et moi aussi. Alors je serre sa main. Je lui souris. Et je reste.
Ce bouquet fanera vite. Comme les souvenirs qu’elle tente de retenir. Mais tant qu’il y a un regard, un souffle, un geste tendre, je continuerai à fleurir sa mémoire du mieux que je peux.