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Le 23 mai est pour moi une date qui résonne profondément. Elle me relie à une histoire souvent passée sous silence, à des hommes et des femmes qui ont lutté pour leur liberté, bien avant que le pouvoir central ne daigne la leur reconnaître.
Ce 23 mai 1848, en Martinique, l’esclavage a été aboli sous la pression des esclaves eux-mêmes. Ce n’est pas un décret venu de Paris qui a libéré les corps : ce sont les voix, les colères, les résistances, les insurrections. Cette date n’est pas seulement un point d’histoire ; elle est une lumière. Elle me rappelle que rien ne se gagne sans lutte, que la dignité humaine ne se négocie pas, qu’elle se revendique.
En 2025, je me demande où nous en sommes. Et je ne peux m’empêcher de constater que si les chaînes visibles ont disparu, d’autres, plus discrètes, plus insidieuses, continuent de blesser, d’exclure, de diviser.
Je vois les héritages de l’esclavage dans les inégalités sociales criantes, dans les discriminations persistantes, dans les silences coupables. Je les ressens dans les regards fuyants quand on parle de réparation, dans les refus d’enseigner toute l’histoire, pas seulement celle qui flatte la République.
Je vois aussi, dans le monde entier, ces nouvelles formes d’esclavage : des enfants contraints de travailler, des femmes réduites au silence, des migrants piégés par la misère et la violence. Je ne peux pas me contenter de commémorer si je ne m’engage pas aussi, à mon échelle, contre toutes ces injustices.
Commémorer le 23 mai c'est refuser l’oubli. Je refuse qu’on efface la douleur de l’histoire ou qu’on la transforme en folklore. Je choisis d’en faire un acte politique, un engagement. Parce que se souvenir, ce n’est pas pleurer sur le passé, c’est refuser qu’il recommence sous d’autres formes.
Je veux une société qui reconnaît, qui répare, qui éduque. Une société qui comprend que la mémoire est un levier d’action, pas un poids. Je veux qu’on regarde en face ce que fut l’esclavage, mais aussi ce qu’il a produit dans nos vies d’aujourd’hui.
Alors en ce 23 mai 2025, je rends hommage. Mais surtout, je m’engage à continuer de dire, de dénoncer, de transmettre. Parce que la liberté n’est jamais acquise, et que la justice ne descend pas du ciel : elle se construit, chaque jour, par chacun de nous.