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927 personnes sans domicile sont mortes en 2025. Au moins vingt n'avaient pas quinze ans. Des enfants. Morts de la rue, dans la France de 2025. Le collectif Les Morts de la rue en tient le compte, parce que personne d'autre ne le fait. Dans la presse, ces chiffres tiennent dans un encart. Dans le débat public, ils ne tiennent nulle part.
Car on a mieux à faire. On a l'immigration à agiter, la sécurité à brandir, la polémique du jour à nourrir. Chaque matin, un ministre, un éditorialiste ou un candidat en campagne permanente nous sert son indignation calibrée, pendant que des gamins crèvent de froid sous nos fenêtres. Le vacarme est confortable : il désigne des boucs émissaires, il occupe les antennes, il évite de parler de ce qui coûte. Du logement, de l'hébergement d'urgence, de la protection de l'enfance.
Nos pitoyables stratèges de plateau télé tombent dans le piège avec un enthousiasme qui force l'admiration. Ou plutôt, ils s'y vautrent. Car la polémique est rentable et la misère ne l'est pas. Un mort de la rue ne vote pas, ne manifeste pas, ne fait pas monter l'audience. Il n'a pas de visage, seulement une ligne dans un décompte associatif. Comme si de rien n'était, on passe au sujet suivant.
Qu'on ne vienne pas nous parler de fatalité. Ces morts ne sont ni un accident ni un malheur. Ce sont des places d'hébergement supprimées ou jamais créées, des équipes laissées exsangues, des jeunes lâchés sans filet à 18 ans, des familles expulsées sans solution. Chaque décès est l'addition de choix budgétaires. Autrement dit, de décisions politiques, signées, assumées ou non, par ceux-là mêmes qui nous parlent de sécurité.
Alors parlons-en, de sécurité. Celle d'un enfant qui ne devrait pas dormir dehors. Celle d'un homme qui ne devrait pas mourir sur un trottoir à quarante ans. Un pays qui laisse mourir sa jeunesse dans la rue n'a aucune leçon d'ordre à donner à personne.
927 morts. Le chiffre devrait hanter chaque conseil des ministres, chaque tribune électorale, chaque débat.
Et pourtant, en attendant, silence on meurt...