/image%2F7041264%2F20261007%2Fob_eaa768_1000044630.jpg)
Tu casses, tu répares : mais qui répare ?
Un dessin circule : deux hommes en costume contemplent des ruines sur lesquelles on peut lire « hôpital », « école publique », « retraites », « assurance chômage », « logement social », « droit du travail ». L'un dit à l'autre : « Tu casses… tu répares. » La formule est cruelle parce qu'elle est juste. En dix ans, ce qui faisait tenir le pacte social a été fragilisé, réforme après réforme, toujours au nom de la modernisation, de la dette ou de la compétitivité.
J'ai passé ma vie professionnelle dans la protection de l'enfance. Je vois, sur le terrain, ce que produisent ces choix : des services qui n'ont plus les moyens de remplir leurs missions, des équipes épuisées, des familles qui attendent des mois, des jeunes qui paient le prix de l'attente. Les revendications des professionnels, des enseignants, des soignants, des lycéens ne sont ni obscures ni excessives. Elles disent la même chose : donnez-nous les moyens de faire notre travail. Il n'y a rien à décrypter.
Alors comment peut-on continuer à feindre l'incompréhension ? Parce que comprendre obligerait à changer de cap. Reconnaître que ces mobilisations portent sur des moyens, c'est admettre que la politique menée depuis 2017 en est la cause. Il est plus confortable de parler de pédagogie, de communication, de « mal compris ». Et céder sous la pression est devenu une faute aux yeux du pouvoir, quel qu'en soit le coût pour ceux qui subissent.
Ce déni a un prix politique. Quand les services publics se délitent, que les corps intermédiaires ne sont plus écoutés et que la colère ne trouve aucune réponse, elle cherche un autre débouché. L'extrême droite se présente comme la solution alors qu'elle n'a jamais défendu l'hôpital, l'école ou la protection sociale. Elle prospère sur les ruines qu'on lui laisse. Si les gouvernants veulent vraiment lui barrer la route, qu'ils commencent par réparer ce qu'ils ont cassé, avec ceux qui font vivre ces services chaque jour.