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Lycéens en colère : « Que voulez-vous ? », demande le gouvernement. Il suffisait de les écouter.
Face à la colère lycéenne, le Premier ministre suspend les cours et charge les proviseurs d'organiser une discussion « pour savoir ce que veulent les élèves ». Comme si ces jeunes n'avaient rien dit. Comme si les cortèges, les blocages et les assemblées n'étaient que du bruit, et qu'il fallait un temps encadré, dans la cour ou le CDI, pour enfin décrypter leurs revendications.
Ils l'ont dit, pourtant. Demander « ce qu'ils veulent » après coup, c'est leur signifier que leur parole ne compte que lorsqu'elle est recueillie, filtrée et validée par l'institution. C'est du mépris habillé en bienveillance.
Nous connaissons cette méthode. Ce sont les mêmes qui, face aux gilets jaunes, avaient sorti la grande concertation citoyenne : le grand débat national, ses réunions, ses plateformes, ses cahiers de doléances ouverts dans les mairies. Des milliers de Françaises et de Français y ont consigné leur colère, leurs difficultés, leurs propositions. Et ensuite ? Les écrits ont été rangés dans des cartons, archivés, oubliés. La parole a été recueillie, jamais entendue. La concertation n'a pas servi à décider, elle a servi à éteindre l'incendie.
Aujourd'hui, le scénario se rejoue, avec les lycéens. En déléguant la discussion aux chefs d'établissement, le gouvernement renvoie une colère nationale vers l'échelon local. Un proviseur ne décide ni des moyens, ni des programmes, ni de l'orientation. Il pourra écouter, noter, transmettre. Il ne pourra rien répondre. Le pouvoir se met à l'abri derrière ceux qui n'en ont pas.
Travailleur social depuis plus de trente ans, je sais ce que c'est qu'écouter un jeune : c'est accepter d'être déplacé par ce qu'il dit, et d'agir en conséquence. Une écoute sans suite n'est pas une écoute, c'est une manière de gagner du temps. Les lycéens ne sont pas dupes. Ils ont compris, comme tant d'autres avant eux, ce que valent ces mots.
Alors oui, le sentiment d'être pris pour des imbéciles est légitime. La question posée est fausse, ceux qui la posent connaissent la réponse, et ce qui manque n'est pas une discussion, mais une décision. Ne demandez pas aux élèves ce qu'ils veulent. Répondez à ce qu'ils ont déjà dit.