/image%2F7041264%2F20261023%2Fob_12a572_1000045237.png)
Un vivre ensemble en miettes : la faute est politique
Manifestations, vitrines brisées, décisions imposées d'en haut, et à Trappes des crimes racistes. On voudrait nous faire croire à une suite de faits divers. C'est un symptôme, et ceux qui gouvernent en portent une lourde part de responsabilité.
Un gouvernement qui passe en force, qui tranche sans concerter, qui traite la colère sociale par le mépris ou la matraque, enseigne à tout un pays que la parole ne pèse rien. Il ferme les voies du débat, puis s'indigne de voir la tension chercher d'autres issues. À cela s'ajoute un discours public qui, depuis des années, désigne l'étranger comme un problème, la précarité comme une faute individuelle et les mobilisations comme un désordre. À force de dresser les uns contre les autres, on prépare le terrain de la haine.
Et c'est là que la faute devient historique. Ce pouvoir s'est fait élire en promettant d'être le rempart contre l'extrême droite. Il en aura été le meilleur marchepied. À force de gouverner contre les attentes sociales, de reprendre les mots et les thèmes de ses adversaires, de banaliser leurs obsessions sur l'immigration et la sécurité, il a rendu le Rassemblement national fréquentable, puis inévitable. Ceux qui juraient nous protéger lui ont ouvert la porte, et aujourd'hui le RN se tient au seuil du pouvoir. Quand le rempart devient la rampe d'accès, on ne peut plus parler de malchance : c'est une faute politique majeure.
Je ne confonds pas les responsabilités : l'auteur de ces crimes racistes répond seul de ses actes, et la casse n'est pas la contestation. Mais la politique, c'est aussi le climat que l'on crée. Dans mon métier, j'ai vu ce que produisent l'humiliation et l'abandon : de la violence, toujours. Un pouvoir qui multiplie les deux ne peut pas se dire surpris.
Le vivre ensemble ne se recoud pas par l'ordre, mais par la justice sociale, l'écoute et des services publics présents partout : des écoles, des associations, des lieux où l'on se croise et où chacun compte. Tant que ce choix ne sera pas fait, les fractures s'approfondiront, et la faute en reviendra à ceux qui décident.