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Lula vient de remporter l'élection face au fils de Jair Bolsonaro. Cette victoire a pour moi une saveur particulière : celle d'un ouvrier devenu président qui bat l'héritier d'un clan et d'un projet d'extrême droite. Pour comprendre pourquoi elle me touche, il faut regarder d'où il vient.
Né dans une famille très pauvre du Nordeste, Lula arrive à sept ans à São Paulo après des jours de route dans un camion bondé. Il cire des chaussures, vend dans la rue, entre à quatorze ans comme ouvrier tourneur et perd un doigt dans une presse à dix-neuf ans. Cet homme n'a pas appris la misère dans les livres : il l'a vécue dans son corps. Cette expérience lui donne une légitimité que nul diplôme ne confère.
De cette expérience est né un engagement. Dirigeant syndical des métallurgistes, il mène les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature, quand défendre les droits des ouvriers coûtait cher. Il fonde ensuite le Parti des travailleurs. Une fois au pouvoir, il fait de la lutte contre la faim une priorité, avec Bolsa Família et Fome Zero, et des millions de Brésiliens sortent de la pauvreté. Pour moi qui accompagne depuis des décennies des enfants et des familles pris dans la précarité, cette cohérence entre le parcours et l'action compte énormément.
J'admire enfin sa ténacité. Emprisonné en 2018, condamnation annulée ensuite par la justice, il est revenu et a été réélu en 2022. Aujourd'hui, après l'acharnement judiciaire et les années d'attaques, il bat une nouvelle fois l'extrême droite dans les urnes. Dans une période où l'on nous répète que rien ne peut changer, cette victoire rappelle qu'un dirigeant issu du monde ouvrier peut tenir, durer et gouverner pour ceux qu'on n'écoute jamais.