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Éloge de la différence
On recrute trop souvent par ressemblance. On rassure une équipe en y ajoutant quelqu'un qui pense comme elle, qui réagit comme elle, qui ne viendra pas bousculer un équilibre déjà fragile. Je comprends cette tentation, je m'y suis parfois laissé prendre moi-même. Et pourtant, à regarder ce qui a le mieux fonctionné en vingt ans de métier, ce n'est jamais dans la ressemblance que j'ai trouvé le plus de force, mais dans la différence assumée.
Travailler avec quelqu'un qui ne pense pas comme soi oblige à sortir d'une évidence dangereuse : celle de croire qu'il n'existe qu'une seule bonne manière de faire. Le collègue plus posé m'a appris à ralentir là où je fonçais. Celui plus frontal m'a appris à dire les choses sans les habiller inutilement. Celle qui privilégiait le cadre m'a évité bien des débordements que mon goût pour la relation aurait pu produire seul. Aucune de ces personnes ne travaillait comme moi. C'est précisément pour cela qu'ensemble, nous travaillions mieux.
La complémentarité, ce n'est pas l'addition de compétences différentes sur un organigramme. C'est la capacité d'une équipe à accepter que la vérité d'une situation ne se révèle jamais complètement à travers un seul regard. Une famille en difficulté ne se comprend pas de la même façon selon qu'on l'aborde avec fermeté ou avec souplesse, avec de la distance ou de la proximité. Une équipe homogène produit des angles morts homogènes. Une équipe diverse a plus de chances de voir ce qu'un seul regard, aussi expérimenté soit-il, aurait manqué.
Cela suppose évidemment des frictions. On ne travaille pas avec des personnes différentes de soi sans désaccords, sans tensions, parfois sans agacement sincère. Mais ces frictions-là, contrairement à celles que produit un management toxique, sont fécondes : elles obligent chacun à argumenter, à sortir de ses certitudes, à faire un pas vers l'autre sans renoncer à ce qu'il pense. C'est un inconfort qui construit, à l'opposé de l'inconfort qui use.
Alors plutôt que de chercher à recruter, à s'associer ou à s'entourer de gens qui nous ressemblent, je continue de penser qu'il faut apprendre à désirer l'inverse : être suffisamment sûr de ce qu'on apporte pour accepter d'être complété, contredit, parfois même dérangé par ce que l'autre apporte de différent. C'est sans doute la meilleure définition que je connaisse d'une véritable équipe — bien plus fiable, en tout cas, que le mot lui-même, trop souvent vidé de son sens.