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Démissionner, ou l'art douteux du verre à moitié plein.
On me dira qu'une démission devrait s'accompagner d'un minimum de mélancolie, et j'ai essayé, sincèrement, d'en éprouver davantage. Mais la vérité, la seule qui vaille la peine d'être écrite, c'est que j'éprouve avant tout un soulagement. Un vrai, un physique, celui qu'on ressent quand on pose enfin un sac qu'on portait sans même s'en rendre compte depuis trop longtemps.
Le verre à moitié plein, on connaît le refrain : une fin annonce toujours un début, une porte qui se ferme en ouvre une autre, chaque épreuve nous rend plus forts. J'ai un temps essayé d'y croire assez fort pour que ça tienne. Et en un sens, ça tient : je pars vers quelque chose, pas seulement loin de quelque chose. Trois ans de liens tissés, de compétences affinées, une certaine idée de ce que je ne veux plus jamais revivre ailleurs — ce n'est pas rien, comme bagage pour la suite.
Le verre à moitié vide, lui, ne ment pas non plus : ce départ est aussi l'aveu d'un échec, celui de n'avoir pas réussi à faire tenir ensemble ce qui aurait dû tenir. Trois ans où l'énergie dépensée à défendre, fédérer, alerter, a fini par dépasser celle qu'il me restait pour le travail lui-même. Trois ans à espérer qu'un cadre change, qu'une équipe soit reconnue à sa juste mesure, qu'un mot comme "équipe" cesse d'être un totem creux. Rien de tout cela n'est arrivé. Et le reconnaître n'a rien d'une faiblesse : c'est la condition pour ne pas reproduire ailleurs la même erreur de patience.
Mais s'arrêter à cette alternative — plein ou vide — c'est encore accepter de mesurer ce départ à l'aune d'un verre qui ne me convient plus. La vérité, plus simple et plus honnête, c'est que je n'ai plus besoin de statuer sur le niveau du liquide. Je repose le verre. Voilà tout le soulagement : ne plus avoir à choisir en permanence entre l'optimisme de façade et la lucidité amère, ne plus avoir à décider chaque matin quelle version de l'histoire je vais me raconter pour tenir jusqu'au soir.
La démission n'est ni une victoire ni une défaite. C'est la fin d'un calcul permanent que je n'avais même plus conscience de faire. Et ce silence-là, après trois ans de bruit intérieur, vaut largement toutes les métaphores sur les verres.