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Et si nous prenions enfin conscience que le pouvoir, ici comme ailleurs, c'est nous ?
Depuis trop longtemps, on nous répète que les citoyens sont impuissants, que tout se décide ailleurs, dans les ministères, les conseils d'administration ou les marchés financiers. Pourtant, l'histoire raconte une tout autre réalité.
Aucun des grands progrès sociaux n'a été accordé spontanément par ceux qui détenaient le pouvoir. Les congés payés de 1936, la semaine de 40 heures, la création de la Sécurité sociale à la Libération, les retraites, les droits syndicaux, le droit de vote des femmes, les avancées pour l'égalité entre les femmes et les hommes ou encore de nombreuses conquêtes écologiques sont le fruit de mobilisations populaires, de grèves, d'associations, de syndicats et de citoyens qui ont refusé de se résigner.
Chaque génération a dû se battre pour obtenir ce qui nous paraît aujourd'hui évident. Si nos aînés avaient attendu que les choses changent d'elles-mêmes, beaucoup de nos droits n'existeraient pas.
Et aujourd'hui ? Rien n'a changé sur le fond.
Quand des habitants se mobilisent pour défendre un hôpital public, une école, un EHPAD, une ligne de train, un bureau de poste ou un service public de proximité, ils exercent un pouvoir. Quand des salariés obtiennent de meilleures conditions de travail grâce à l'action collective, ils exercent un pouvoir. Quand des citoyens créent une association, un collectif, une coopérative ou participent à la vie démocratique de leur commune, ils exercent un pouvoir.
Le véritable pouvoir ne consiste pas seulement à voter tous les six ans ou tous les cinq ans. Il réside dans notre capacité à nous organiser, à débattre, à convaincre, à proposer et à agir ensemble.
Le pouvoir économique et politique préfère souvent des citoyens isolés, persuadés qu'ils ne peuvent rien changer. Car un peuple qui doute de sa force renonce plus facilement à ses droits. À l'inverse, des citoyens solidaires deviennent une force capable de transformer la société.
Jean Jaurès écrivait : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire. » Ce courage, aujourd'hui, consiste aussi à croire que la démocratie ne se limite pas aux institutions. Elle appartient à celles et ceux qui la font vivre chaque jour.
Ne laissons personne nous convaincre que tout est joué d'avance. Les conquêtes sociales d'hier nous rappellent une chose essentielle : lorsque les citoyens s'unissent autour d'un objectif commun, ils peuvent faire évoluer l'histoire.
Le pouvoir n'est jamais définitivement entre les mains de quelques-uns. Tant que des femmes et des hommes s'engagent, débattent, s'entraident et agissent collectivement, il reste une force qui appartient à tous.
Le pouvoir, ici comme ailleurs, c'est d'abord nous. À condition d'en prendre conscience et d'en faire usage.