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Ce lundi 30 juin, j'écoutais comme j'ai pu l'interview de Fabien Roussel sur RMC. Je n'attendais rien de particulier. Et pour la première fois depuis longtemps, j'ai entendu parler du travail social avec les bons mots : des moyens humains, des moyens financiers, la pénibilité, et surtout son impérieuse nécessité. Pas de compassion de façade. Pas de "vocation". Juste la réalité matérielle de ce que je vis.
Je suis arrivé au service le cœur léger. Toujours aussi mal payé, c'est vrai. Mais léger quand même. Parce que quelqu'un a dit à voix haute que ce que je fais chaque jour n'est pas un supplément d'âme de la République, c'est un pilier. Et qu'un pilier, ça s'entretient, ça se finance, ça se protège. Dans mon bureau, ce sont des dossiers qui s'empilent, des enfants qui attendent une place, des parents épuisés, des collègues qui tiennent à bout de bras. Je connais la fatigue qui ne se voit pas sur les fiches de paie. Je connais aussi la satisfaction têtue de débloquer une situation, même petite.
J'avais participé aux assises de la jeunesse du PCF en juin dernier. J'y avais mis de l'espoir, du temps. Alors oui, ça m'arrangeait fortement que Fabien Roussel reparle du sujet ce matin. Je n'aurais pas compris qu'on l'enterre après en avoir fait une cause. Ce n'est pas une question de parti. C'est une question de cohérence. Si on dit que la jeunesse est l'avenir, on ne peut pas laisser ceux qui la protègent travailler sans filet.
En octobre, j'enverrai une pétition. Je l'accompagnerai d'une question simple, la même pour tout le monde, élus locaux, parlementaires, responsables : quelle est votre vision du travail social ? Je ne veux pas de réponse toute faite. Je veux savoir si vous êtes prêts à parler de postes, de budgets pérennes, de reconnaissance de la pénibilité. Je veux savoir si vous voyez le travail social comme un bien commun à défendre, ou comme une ligne de dépense à réduire.
Je pose cette question au nom des professionnels qui tiennent, et au nom des usagers qui n'ont pas toujours la force de la poser eux-mêmes. Merci à Fabien Roussel de l'avoir formulée ce matin. Ça m'a permis d'aller travailler le cœur léger. J'aimerais que ce ne soit pas exceptionnel.