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J’ai longtemps porté en moi le souvenir de ma visite à Auschwitz-Birkenau, sans savoir immédiatement comment, ni même si, il trouverait un jour une place dans l’écriture.
Sur le moment, il y a d’abord la sidération. Le lieu impose son silence, un silence particulier, lourd, qui dépasse les mots et rend toute tentative d’explication presque dérisoire. On ne “comprend” pas Auschwitz-Birkenau : on y est confronté. Et cette confrontation ne produit pas immédiatement un récit, seulement des impressions fragmentées, des images persistantes, des questions qui restent ouvertes.
Pendant longtemps, je n’ai pas cherché à transformer cette expérience en fiction. Elle restait en moi comme une présence discrète, insistante, qui revenait par moments sans se formuler clairement. C’est seulement avec le temps, dans une forme de lente maturation intérieure, que l’idée d’un roman a commencé à émerger. Non pas pour raconter le lieu lui-même, mais pour interroger ce qu’il laisse derrière lui : la mémoire, les silences, les absences, et ce qu’ils font aux générations suivantes.
C’est ainsi qu’est né Les Cris du silence. À travers Axel et Pierre, j’ai cherché à déplacer cette expérience dans un récit où la mémoire devient enquête, où le passé continue d’agir sur le présent, parfois de manière inattendue. L’écriture m’a permis de ne pas figer ce souvenir dans une seule émotion, mais de lui donner une forme vivante, traversée par le doute, la recherche et la transmission.
Ce roman m’a apporté une satisfaction profonde : celle d’avoir pu transformer une expérience difficile en un espace de réflexion et de fiction, sans la réduire ni la simplifier. Et surtout, celle d’avoir compris que certaines écritures ne naissent pas d’une volonté immédiate, mais d’un temps long, nécessaire, où les choses finissent par trouver leur propre forme.