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Je suis éducateur spécialisé depuis assez longtemps pour avoir connu les promesses, les illusions, les combats, puis la lente usure de ce métier que j’aimais. J’ai vu le o social se transformer, se tasser, se standardiser, jusqu’à devenir méconnaissable sous les couches de procédures, de ratios et de tableaux de bord. J’ai participé aux grèves, aux manifestations, aux cris lancés dans l’indifférence politique générale. Et puis un jour, j’ai senti que mes mots ne suffisaient plus.
Alors j’ai écrit ce roman.
Les Descendants d’Éléonore Matzer est né de ce besoin vital de redonner du souffle à un métier qui, au fond, devrait être une histoire magnifique. Une histoire de liens, de dignité retrouvée, de solidarité vivante. Mais cette histoire-là, la réalité l’étouffe. Le capitalisme à marche forcée, l’industrialisation des pratiques, la logique gestionnaire ont fini par défigurer le cœur du travail social. J’avais besoin de l’imaginer autrement, pour me rappeler qu’il pouvait encore être porteur d’espoir.
Dans ce livre, j’ai inventé des travailleurs sociaux qui refusent la résignation. Ils se rencontrent, s’organisent, s’unissent pour résister à la déshumanisation de leur métier. Leur histoire est inventée, oui. Mais à travers eux, j’ai glissé des fragments de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai vu, de ce que j’ai senti vibrer chez tant de collègues : le désir profond d’être utiles, libres, et fidèles à l’esprit originel de notre engagement.
Ce roman n’est pas un témoignage. Ce n’est pas non plus un règlement de comptes. C’est un espace de respiration. Un territoire où je peux rêver un autre travail social — plus juste, plus humain, plus vivant. Écrire ces pages m’a permis de retrouver un peu de ce que j’avais perdu. J’espère qu’en les lisant, d’autres retrouveront aussi quelque chose. Une force. Une envie. Une mémoire.
Et peut-être même, une direction.