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Je quitte l'AEMO cette semaine, après trois ans. Comme si trois ans suffisaient à épuiser une vie entière de patience.
Un départ n'est jamais anodin, dit-on, comme pour se donner une contenance. Peu importent les raisons — les miennes tiennent en trois mots : trop plein d'incompréhension, trop plein de lassitude, trop plein d'hypocrisie. Un cocktail que l'institution sait si bien doser, année après année, jusqu'à ce qu'on n'ait plus la force de faire semblant.
Je suis en colère. Contre moi-même d'abord, puisqu'il faut croire qu'à l'aube de ma carrière je resterai cet éternel insatisfait — celui qui espère encore qu'un métier puisse ressembler à ce qu'on lui a promis. Contre les autres ensuite, et surtout contre ceux qui sont censés nous diriger : plus doués pour se contempler le nombril et border leurs arrières que pour incarner un mot qu'ils prononcent à longueur de réunions et qu'ils piétinent le reste du temps — l'équipe. Beau mot, vidé de sa substance à force d'être brandi comme un slogan.
Cette colère, c'est surtout de savoir que demain je ne croiserai plus Véronique, Cécile, Céline, Melissa, Dja et Olivier. Eux, au moins, n'ont jamais eu besoin de galvauder le mot pour le faire vivre.
On me dira de voir le verre à moitié plein, que la fin d'une aventure en annonce une autre. Soit. J'ose espérer que ce sera la dernière — pas par enthousiasme, mais par lassitude d'avoir à recommencer ce même chapitre ailleurs.
Adieu l'AEMO. Vingt ans de carrière à espérer que le sens l'emporte sur les postures. Au revoir à mes amis, les seuls qui restent quand l'institution s'efface. Et que vogue la galère — elle, au moins, ne prétend pas être autre chose qu'un naufrage.