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Il y a ceux que l’on croise chaque jour.
Ceux qui se plaignent, qui soupirent, qui geignent à longueur de conversations. Ceux qui dénoncent l’absence du maire, l’abandon supposé, les promesses non tenues. Ils s’indignent avec facilité, parfois même avec talent.
Et puis viennent les élections.
Alors, soudain, les mêmes visages changent. Les voix se font plus douces, les critiques s’effacent, les indignations se diluent. Et les voilà qui se pressent, presque empressés, à serrer la main de celui qu’ils conspuaient hier encore. Comme s’il fallait à tout prix être du bon côté du manche.
Ce spectacle n’a rien d’anodin. Il dit quelque chose de plus profond, de plus inquiétant.
Il dit la peur de déplaire.
Il dit le confort préféré au courage.
Il dit l’abandon silencieux de toute forme de conviction.
Car au fond, ce qui frappe, ce n’est pas la critique — elle est saine, nécessaire. Ce n’est pas non plus le doute — il est légitime. Non, ce qui dérange, c’est cette capacité à retourner sa veste sans jamais en éprouver le poids.
Comme si les mots n’avaient aucune conséquence.
Comme si les engagements n’étaient que des postures passagères.
Comme si la morale était une option, que l’on active ou désactive selon les circonstances.
Ces comportements ne sont pas marginaux. Ils se répandent, insidieusement. Ils fragilisent le débat public, vident les convictions de leur substance, et installent une forme de résignation collective.
À force de vouloir préserver leurs petits conforts, certains finissent par perdre bien plus : leur cohérence, leur crédibilité, et peut-être même une part d’eux-mêmes.
Car une société ne tient pas seulement par ses institutions ou ses élus. Elle tient aussi par la droiture de celles et ceux qui la composent.
Et sans colonne vertébrale, rien ne tient bien longtemps.