/image%2F7041264%2F20251212%2Fob_ea043a_1000030228.jpg)
Je regarde ce monde défiler sous mes yeux et, chaque jour, j’ai un peu plus l’impression qu’on se moque de moi. Qu’on me prend pour un imbécile, ou pire : qu’on me croit devenu tellement habitué au grotesque que je ne réagis plus.
Sarkozy, par exemple. Trois semaines de détention, trois semaines plus tard un livre. Un record de vitesse. Hier encore, il parlait de “prison club Med”, aujourd’hui il décrit son passage derrière les barreaux comme s’il avait survécu aux galères de Cayenne. Mais on applaudit, on relaye, on commente comme si de rien n’était. Normal.
Puis j’entends que Trump reçoit un “prix de la paix” — de la FIFA, en plus. J’ai dû relire deux fois pour être sûr que ce n’était pas une parodie. Le genre d’information qui te fait regarder autour de toi pour vérifier que tu n’es pas coincé dans une caméra cachée géante. Mais non. C’est réel. C’est officiel. Et on continue la journée comme si la logique n’avait pas entièrement démissionné.
La Coupe du monde, parlons-en. On nous vend des “pauses fraîcheur”, souci du bien-être des joueurs paraît-il qui ne seront finalement que des espaces publicitaires déguisés, des respirations facturées au prix fort pour tenter de nous faire avaler encore un peu plus de marchandises. Même la pause devient rentable. Même le temps qui passe doit générer du profit.
Pendant que la planète se gave de ces absurdités, plus de sept cents salariés sont laissés à l’abandon parce chez Brandt. Comme ça. Des centaines de vies suspendues, des familles plongées dans l’incertitude la plus totale. Et au-dessus de tout ça, le silence. Une indifférence presque aussi violente que le geste lui-même.
Et puis il y a ce gamin. Ce gosse qu’on tond “pour lui apprendre la vie”. Des pseudo-éducateurs qui transforment un acte de domination en pédagogie. Un rituel de honte présenté comme un outil éducatif. J’ai beau être du métier, je ne m’y ferai jamais : certaines violences se camouflent sous des mots nobles, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus abject.
On me dit que tout va bien. Que le monde suit son cours.
Moi, je vois un tableau qui craque de partout. Je vois des lignes rouges qu’on franchit en sifflotant. Je vois un quotidien qui ressemble de plus en plus à une mauvaise farce, sauf que personne ne rit vraiment.
Alors je me demande : est-ce que je deviens trop sensible, trop lucide, trop fatigué ? Ou est-ce que c’est bel et bien le monde qui déraille sous nos pieds, lentement mais sûrement ?
Et chaque fois que j’y pense, j’entends ce bruit sourd, ce grondement discret, comme un craquement prolongé. Le bruit de la chute, peut-être?
Celui que beaucoup préfèrent ignorer.