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Gaza : l’indifférence qui tue
Je ne m’étais jamais exprimé publiquement sur la situation à Gaza. Non par désintérêt, mais parce que j’estimais que d’autres le faisaient avec plus de légitimité, d’expertise, et de précision. Pourtant, aujourd’hui, face à l’ampleur du drame, face à la famine organisée, face aux morts civiles quotidiennes, je ressens le besoin d'écrire ces quelques lignes.
Depuis le début de l’offensive israélienne en octobre 2023, plus de 38 000 personnes ont été tuées à Gaza, selon les chiffres du ministère de la Santé local, relayés par l’ONU. Parmi elles, une majorité de femmes et d’enfants. À cela s’ajoutent plus de 87 000 blessés, des infrastructures médicales détruites, et un système de santé à l’agonie.
Mais au-delà des bombes, c’est la faim qui tue désormais. L’ONU a déclaré que toute la population de Gaza — soit 2,2 millions de personnes — est confrontée à un niveau de crise ou pire en matière de sécurité alimentaire. Selon le Integrated Food Security Phase Classification (IPC), plus de 500 000 Gazaouis sont en situation de « catastrophe alimentaire », le niveau le plus élevé. C’est la première fois que cette classification atteint un tel seuil dans une zone entière de population.
Les images de civils abattus alors qu’ils tentaient d’atteindre un convoi humanitaire pour se nourrir ont choqué le monde. Mais elles n’ont pas entraîné de sursaut politique majeur. Au contraire, l’attentisme prévaut. Nos gouvernements tergiversent, condamnent du bout des lèvres, ou gardent un silence assourdissant. L’aide humanitaire reste bloquée à la frontière, entravée, détournée ou réduite à peau de chagrin.
Pendant ce temps, la population meurt. De faim. De blessures. D’oubli.
Je suis révolté. Révolté par cette indifférence feutrée, diplomatique, qui dissimule une complicité de fait. Comment peut-on, en tant que responsables politiques, détourner le regard alors que des enfants meurent de malnutrition à quelques heures d’avion de Paris ? Comment justifier le silence alors que les Nations Unies, Médecins Sans Frontières, l’UNICEF et le Programme Alimentaire Mondial sonnent l’alerte, encore et encore, sans réponse politique à la hauteur ?
Ce qui se joue à Gaza dépasse les clivages. Ce n’est pas un simple conflit territorial : c’est la survie d’un peuple. Et ce que nous acceptons aujourd’hui, ce que nous laissons faire, laissera une trace indélébile dans l’histoire.
Se taire, c’est consentir. Attendre, c’est abandonner. Et détourner le regard, c’est déjà participer.