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Regarder ailleurs : quand l'immigration sert de rideau de fumée
Parfois, j’ai l’impression qu’on nous prend pour des enfants. Qu’à chaque difficulté réelle que traverse le pays, on brandit le même épouvantail : l’immigration. Comme s’il suffisait d’évoquer les « clandestins » pour faire oublier les services publics qui s’effondrent, le coût de la vie qui explose, les écoles qui manquent de profs et les hôpitaux de lits.
Je ne nie pas que la question migratoire existe. Elle mérite un débat, sérieux, rationnel, digne. Mais ce que je vois aujourd’hui, c’est tout sauf cela. Ce que je vois, c’est une obsession entretenue, une instrumentalisation permanente du sujet, surtout quand il s’agit de faire diversion. On crispe les débats, on fabrique de la peur, et pendant ce temps-là, les vrais problèmes restent entiers.
Je suis citoyen. Je vis ici. Je travaille, je paie mes impôts, je fais la queue comme tout le monde pour voir un médecin ou inscrire mes enfants à l’école. Et ce que je constate, ce n’est pas un afflux incontrôlable de migrants qui ruinerait la France. Ce que je vois, c’est une précarité qui s’installe, des gens qui n’arrivent plus à se chauffer, des jeunes qui quittent l’école sans rien, des campagnes abandonnées, des quartiers oubliés.
Qu’on ne vienne pas me dire que ce sont les migrants qui sont responsables de tout cela. Ce n’est pas l’exilé qui ferme les maternités. Ce n’est pas l’asile qui bloque l’accès à un généraliste à moins de 40 km. Ce ne sont pas les sans-papiers qui ont mis l’école à genoux. Ce ne sont pas eux non plus qui vendent la santé au privé, morceau par morceau.
On me parle de frontières, alors que celles qui m’inquiètent sont déjà là : entre les riches et les pauvres, entre les centres-villes protégés et les périphéries sacrifiées, entre les classes sociales qu’on oppose au lieu de les unir. Et pendant que certains les franchissent à coup de privilèges, d’autres n’ont même plus les moyens de faire leurs courses dignement.
Je ne suis pas dupe. Derrière ce matraquage sur l’immigration, je vois un refus d’assumer les responsabilités, une volonté d’occuper le terrain médiatique à défaut de répondre aux urgences sociales. C’est une stratégie ancienne, éculée, mais efficace : diviser pour mieux régner, détourner le regard pour éviter le bilan.
Mais ce jeu-là a ses limites. Parce que je crois que de plus en plus de gens ouvrent les yeux. Parce qu’on ne nourrit pas une famille avec des slogans. Parce qu’on ne soigne pas un système en désignant un coupable imaginaire. Parce que, tôt ou tard, il faudra regarder en face ce qu’on préfère cacher : les fractures sociales, les injustices profondes, et cette République qu’on abîme en prétendant la défendre.
Je ne détourne plus le regard. Et je ne suis pas le seul.