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Je suis éducateur spécialisé, et j’ai fait ce choix de métier par conviction : celle d’agir pour plus de justice sociale, d’accompagner les personnes les plus vulnérables, de défendre l’inclusion et l’égalité des chances. C’est précisément pour ces raisons que je suis opposé(e) à l’exercice de l’éducation spécialisée en libéral.
D’abord, parce que cela va, selon moi, à l’encontre des valeurs fondamentales de notre profession. L’éducation spécialisée ne devrait jamais devenir un service que l’on vend à la séance, au plus offrant. Or, dans le secteur libéral, c’est trop souvent ce qui se passe. L’accompagnement devient un produit, l’enfant ou le jeune une « prise en charge » individuelle à rentabiliser. Cette marchandisation du soin me dérange profondément.
Je suis également très préoccupé(e) par les inégalités d’accès que ce système crée. Quand l’accompagnement dépend de la capacité à payer, que reste-t-il de notre mission d’inclusion ? Les familles les plus fragiles, celles qui ont le plus besoin d’un soutien éducatif spécialisé, sont bien souvent exclues de ce dispositif. On privatise un service qui devrait être un droit pour tous.
Travailler en libéral, c’est aussi, bien souvent, travailler seul(e). Or, j’ai toujours considéré que notre force, en tant qu’éducateurs spécialisés, réside dans le travail d’équipe, dans la co-construction des projets avec d’autres professionnels, dans le croisement des regards. Isolé(e), je crains de perdre cette richesse, ce filet de sécurité qui permet une remise en question continue et une meilleure qualité d’accompagnement.
Enfin, je m’interroge sur le sens même de notre mission. Nous sommes formé(e)s pour intervenir dans des contextes complexes, dans une approche globale de la personne, souvent au sein d’un collectif. Sortir de ces cadres, c’est courir le risque de dévoyer notre rôle, de devenir des « intervenants à la carte », parfois réduits à combler des lacunes que d'autres services ne peuvent plus assumer, faute de moyens.
Je comprends que certains fassent ce choix, parfois par nécessité. Mais je reste convaincu(e) que l’avenir de notre profession passe par une défense du service public, du travail en équipe, et d’une éducation spécialisée accessible à tous. Refuser le libéral, pour moi, ce n’est pas juger, c’est résister.