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La proposition de loi portée par le sénateur Jean-Pierre Duplomb, adoptée au Sénat en mai 2025, suscite une vague d'indignation. Présentée comme un soutien aux agriculteurs, elle est en réalité dénoncée comme un retour en arrière majeur en matière de santé publique, d’écologie, de démocratie et de modèle agricole.
L’un des points les plus polémiques est la réintroduction d’insecticides néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018. Ces substances, souvent qualifiées de « tueuses d’abeilles », sont reconnues pour leurs effets dévastateurs sur les pollinisateurs, la biodiversité, les sols et les ressources en eau.
Malgré des mises en garde répétées de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire), la loi autoriserait leur retour au nom de la « productivité ». Une pétition de plus de 1 200 scientifiques, médecins et agriculteurs a dénoncé un projet dangereux pour les écosystèmes et la santé humaine.
La loi favorise un modèle productiviste : soutien massif à l’irrigation intensive (dont les méga-bassines), allègement des contrôles environnementaux, incitations à l’usage des intrants chimiques…
Aucune mesure équivalente n’est prévue pour l’agriculture biologique ou agroécologique. Les petits exploitants, paysans bio, ou agriculteurs en transition sont laissés de côté, renforçant une agriculture à deux vitesses.
Le texte propose la création de « zones humides fortement modifiées » : des espaces que l’on pourrait assécher sans autorisation environnementale. Cette mesure est jugée catastrophique pour la protection de l’eau, la biodiversité et la résilience climatique.
Les associations de protection de la nature dénoncent une destruction organisée de milieux naturels déjà fragilisés par le changement climatique.
La Ligue contre le cancer, ainsi que des collectifs de victimes de pesticides, alertent sur les conséquences humaines : hausse des cancers, maladies neurologiques, contamination de l’air et de l’eau.
La proposition de loi remet aussi en cause l’autorité scientifique de l’ANSES, ce qui pourrait conduire à des autorisations politiques de substances toxiques, malgré les preuves scientifiques.
Le contenu de la loi serait largement influencé, voire rédigé, par le syndicat agricole majoritaire (FNSEA), ce qui interroge la légitimité démocratique du texte. À l’Assemblée, une motion de rejet a empêché le débat parlementaire normal, et une Commission mixte paritaire (7 sénateurs et 7 députés) est chargée de finaliser le texte à huis clos.
De nombreuses voix, y compris dans les institutions, dénoncent un passage en force et une « capture démocratique » au profit de certains lobbys agro-industriels.
Conclusion : une loi à contre-courant de l’Histoire
La proposition Duplomb est considérée par ses opposants comme une aberration pour plusieurs raisons :
- elle ignore les alertes scientifiques sur les pesticides ;
- elle sacrifie les équilibres écologiques pour des intérêts économiques à court terme ;
- elle accentue les inégalités entre agricultures industrielles et paysannes ;
- elle expose les citoyens à des risques sanitaires inacceptables ;
- elle contourne les mécanismes démocratiques ordinaires.
Alors que la France, comme l’Europe, cherche à répondre aux défis de la transition écologique, cette loi est perçue comme un symbole de régression. Elle incarne une fuite en avant productiviste, alors que le monde agricole aurait besoin de soutien, de diversification et de résilience.