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Je suis travailleur social. Éducateur spécialisé, engagé depuis des années auprès de celles et ceux que la société oublie ou stigmatise. Enfants placés, jeunes en rupture, familles à la rue, personnes âgées isolées, adultes cabossés par la vie ou les institutions : chaque jour, je suis là. À leurs côtés. Avec eux. Pour les écouter, les accompagner, les soutenir, parfois simplement les regarder comme des êtres humains à part entière.
Mais aujourd’hui, je suis fatigué. Pas de mon métier. Pas des personnes que j’accompagne. Je suis fatigué du silence. De l’indifférence. Du mépris politique. De cette manière sourde et violente dont notre travail est ignoré, sous-payé, dévalorisé.
Le travail social est devenu une variable d’ajustement. On nous parle d’efficience, de performance, de réduction de coûts. On nous demande de faire plus, toujours plus, avec moins. Moins de temps, moins de moyens, moins de reconnaissance. On nous parle de "repenser l’action sociale", mais on ne nous écoute jamais.
Ce que je vis, ce que nous vivons, des milliers de professionnels le vivent chaque jour dans le silence des bureaux mal chauffés, dans les rues, dans les foyers, dans les institutions saturées. Nous tenons parce que nous y croyons. Parce que nous savons à quel point notre présence peut faire la différence. Mais cela ne tient plus. Cela craque de partout. Et nous, travailleurs sociaux, nous craquons aussi.
Et pourtant, on continue.
On continue parce qu’on refuse de devenir indifférents. Parce que, malgré tout, on croit encore en la puissance de l’humain, en la possibilité de réparer, d’ouvrir des chemins, d’apaiser.
Mais aujourd’hui, j’ai besoin de le dire haut et fort : nous ne tiendrons pas seuls.
J’en appelle aux responsables politiques, aux élus locaux comme aux parlementaires, aux ministres et aux candidats de demain : il est temps de sortir de l’ombre ce secteur essentiel. Il est temps de défendre, avec courage et détermination, le travail social comme on défendrait l’hôpital, l’école ou la justice. (Dont on constate l'état de de délabrement)
Car nous sommes là, au croisement de toutes les urgences : pauvreté, précarité, violence, isolement, crise du logement, discriminations. Le travail social est un rempart contre la fragmentation sociale. Il est un acteur de paix, de cohésion, de justice. Et il ne peut plus continuer à être nié.
Je veux voir des leaders politiques s’emparer de cette cause. Je veux entendre des discours forts, mais surtout voir des actes : revalorisation salariale, reconnaissance des diplômes, réduction des charges administratives absurdes, investissement massif dans les services sociaux de proximité, soutien aux pratiques innovantes.
Je veux une société qui respecte celles et ceux qui prennent soin.
Je veux qu’on nous regarde comme des acteurs à part entière de l’intérêt général, et non comme des exécutants d’une politique qu’on subit plus qu’on ne construit.
Parce qu’une société qui maltraite ses travailleurs sociaux finit toujours par abandonner les plus fragiles.
Et moi, je refuse cet abandon.