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Je suis sincèrement satisfait – et même profondément encouragé – de voir qu’une bonne partie de mes collègues du service d’AEMO a fait le choix de se syndiquer. Ce n’est pas un simple fait administratif ou un engagement de circonstance. C’est, à mes yeux, un acte fort, réfléchi, porteur de sens, de dignité et d’espoir. Dans un secteur aussi exigeant que le nôtre, où la pression institutionnelle est constante, où les besoins des familles explosent alors que les moyens stagnent, choisir le syndicat, c’est refuser l’isolement et l’impuissance.
Ce choix dit beaucoup. Il traduit une volonté de ne plus subir. De ne plus se contenter de raler entre deux réunions ou de se plaindre à la machine à café. Il signifie que nous avons compris qu’il est urgent de défendre collectivement nos droits, nos conditions de travail, mais aussi – et peut-être surtout – le sens de notre mission. Car notre métier ne peut pas être réduit à une série de tâches ou à une case budgétaire. Travailler en AEMO, c’est accompagner des familles fragilisées, tenir bon face à la violence sociale, aux injustices, aux injonctions contradictoires, aux effets pervers de certaines politiques publiques.
Se syndiquer, pour moi, c’est aussi affirmer que nous avons encore une marge d’action. Que nous ne sommes pas condamnés à voir notre éthique se dissoudre dans la logique comptable. Que nous pouvons, ensemble, peser dans les débats, faire reculer certaines décisions injustes, proposer des alternatives. C’est une manière de rester debout, de continuer à croire en une certaine idée du travail social, plus humaine, plus respectueuse, plus engagée.
Et ce qui me rend fier, c’est que ce mouvement ne vient pas d’en haut. Il vient de nous. D’éducatrices et d’éducateurs de terrain, qui n’ont pas attendu une directive ou une crise pour prendre leurs responsabilités. Qui ont simplement décidé de s’organiser, de se soutenir mutuellement, de porter une parole collective. Dans un monde du travail de plus en plus fragmenté, où l’individualisme est souvent la norme, cela me paraît profondément salutaire.
Alors oui, je suis satisfait. Mais plus encore, je suis rassuré. Car je me dis que tant que nous serons capables de ces élans, il y aura toujours une possibilité de faire autrement. Et surtout, de faire mieux. Pour nous, pour les familles que nous accompagnons, pour la société dans son ensemble.