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Je fais ce métier parce que je crois profondément en l’humain, en la solidarité, en la capacité qu’ont les personnes de se relever si on leur tend la main avec respect et constance. Mais depuis quelque temps, je ressens un malaise grandissant. Ce malaise ne vient pas des publics que j’accompagne. Il vient d’un fossé qui ne cesse de se creuser entre ceux qui sont sur le terrain, comme moi, et ceux qui administrent les structures où je travaille.
Je ne remets pas en cause la bonne volonté des administrateurs. Beaucoup sont bénévoles, engagés, et souhaitent sincèrement faire avancer les choses. Mais trop souvent, j’ai l’impression qu’ils prennent des décisions sans mesurer leurs conséquences concrètes. Qu’ils raisonnent en chiffres, en bilans, en appels à projets, alors que, de mon côté, je me débats avec des situations humaines d’une complexité immense. Parfois, on me demande d’appliquer des directives qui vont à l’encontre de l’éthique de mon métier. Et quand je tente de faire entendre une autre voix, je me heurte à une forme de surdité polie, mais ferme.
Je ne réclame pas des privilèges. Je réclame d’être écouté, reconnu, considéré comme un acteur à part entière du projet social. J’aimerais que les administrateurs sortent des bureaux, qu’ils viennent voir ce que nous vivons au quotidien. Qu’ils comprennent que ce n’est pas de rentabilité dont nous avons besoin, mais de sens. Que derrière chaque ligne budgétaire, il y a une histoire, une personne, une dignité.
Sans rapports clairs, francs et construits entre salariés et dirigeants, le travail social sera le grand perdant. Et nous n’avons pas le luxe de l’aveuglement. Car ce qui nous attend, au regard des réalités politiques et des perspectives pour les prochaines présidentielles, risque d’accentuer encore davantage les logiques d’austérité, de contrôle, de répression. Il est urgent d’être unis, aujourd’hui, face à un pouvoir politique qui ne cesse de prôner les économies, y compris sur ce qui fait le lien, la solidarité, la cohésion.
Repenser ces rapports, c’est sortir d’une logique descendante. C’est construire ensemble. C’est pouvoir dire « non » quand une orientation va à l’encontre des valeurs du social. C’est pouvoir proposer, être partie prenante des décisions, pas juste en aval, mais en amont. C’est instaurer un vrai dialogue, sur un pied d’égalité, entre ceux qui administrent et ceux qui agissent.
Je veux croire qu’un autre fonctionnement est possible. Plus démocratique, plus humain, plus juste. Je veux croire qu’on peut remettre du sens au cœur de nos métiers. Mais cela ne pourra se faire sans un changement profond des rapports entre nous, salariés, et ceux qui, aujourd’hui, tiennent les rênes de nos structures. Parce que demain, il pourrait bien être trop tard.