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Je suis travailleur social depuis plusieurs années. J’ai choisi ce métier pour des raisons profondément humaines : l’envie d’agir aux côtés des plus fragiles, d’accompagner des parcours de vie cabossés, de contribuer – modestement mais sincèrement – à plus de justice sociale. Aujourd’hui, je me sens trahi par une réforme qui nie le sens même de mon engagement.
Je suis contre cette réforme parce qu’elle efface les spécificités de nos métiers. Être éducateur spécialisé, assistant social, éducateur de jeunes enfants, ce ne sont pas des variantes d’un même poste. Ce sont des approches, des outils, des postures différentes, forgées par des années de terrain, de réflexion et de formation. En les uniformisant, on dilue ce que chacun peut apporter de singulier aux personnes qu’il accompagne.
Je suis contre cette réforme parce qu’elle remplace le lien par la gestion. Elle nous impose des référentiels, des cases à cocher, des grilles à remplir. Elle attend de nous des résultats chiffrables, des parcours linéaires, des bilans quantifiés. Mais l’humain ne se mesure pas. Il se rencontre, il s’écoute, il se construit dans la durée, parfois dans l’incertitude. Ce que la réforme appelle “efficacité”, je le traduis par “perte de sens”.
Je suis contre cette réforme parce qu’elle est pensée sans nous. Les professionnels du travail social ne sont pas consultés, ou alors à la marge. Les réalités de terrain sont ignorées. On parle d’insertion, de transversalité, de mutualisation, mais on oublie que derrière ces mots technos, il y a des femmes, des hommes, des enfants en souffrance, qui ont besoin de présence, pas d’algorithmes.
Je suis contre cette réforme parce qu’elle précarise nos métiers. Elle favorise l’apprentissage à bas coût, elle réduit les exigences de formation, elle transforme nos missions en prestations. Petit à petit, elle vide notre profession de sa substance, comme si nous n’étions plus que des opérateurs d’actions sociales, interchangeables et formatés.
Je suis contre cette réforme parce que je crois encore que le travail social est un acte politique, au sens noble du terme. Un engagement dans la cité, une manière de dire que chaque personne compte, que la dignité ne se négocie pas, que la solidarité n’est pas un luxe mais un pilier de notre société.
Et c’est au nom de cette conviction que je continuerai à résister.