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Depuis plusieurs années, les néonicotinoïdes sont au cœur d’une controverse qui oppose deux visions de l’agriculture : l’une productiviste, fondée sur l’usage massif d’intrants chimiques, et l’autre, paysanne, respectueuse des écosystèmes et des êtres vivants. Ces insecticides dits systémiques, car absorbés par les plantes et présents dans toute leur structure (des racines jusqu’au pollen), ont des effets délétères sur les pollinisateurs, mais aussi sur la biodiversité dans son ensemble. Leur toxicité aiguë est bien documentée, leur persistance dans les sols et les cours d’eau aussi.
En 2018, leur interdiction en France a été saluée comme une avancée environnementale majeure. Mais sous la pression de certaines filières, notamment celle de la betterave sucrière, des dérogations ont été accordées en 2020, puis prolongées, mettant à mal les principes mêmes de cette interdiction. Ce recul suscite l’inquiétude, car il ne fait qu’ajourner la transition agroécologique dont notre agriculture a pourtant urgemment besoin.
Je soutiens pleinement la position de la Confédération paysanne, qui s’oppose résolument à la réintroduction des néonicotinoïdes. Ce syndicat défend une agriculture de proximité, fondée sur la coopération avec le vivant et sur l’autonomie des paysans. Il refuse de céder au chantage économique de l’agro-industrie, qui se sert des difficultés bien réelles des producteurs comme d’un levier pour perpétuer un modèle destructeur.
Soutenir cette position, ce n’est pas ignorer les problèmes rencontrés par les agriculteurs, c’est au contraire reconnaître qu’ils sont les premières victimes d’un système qui les enferme dans la dépendance aux firmes agrochimiques, aux monocultures, aux cours mondiaux. C’est refuser de faire peser sur eux la responsabilité d’un désastre environnemental planifié, tout en les privant des outils nécessaires pour en sortir : aides à la reconversion, appui technique, revalorisation des prix, soutien à la recherche agronomique indépendante.
La solution n’est pas dans le retour en arrière, mais dans l’invention d’un futur agricole soutenable. Elle passe par une diversification des cultures, par la relocalisation des filières, par la valorisation des savoir-faire paysans et par la remise en cause de la toute-puissance de l’agrochimie. Elle passe aussi par un changement de cap politique, à l’échelle nationale et européenne, pour défendre les biens communs : l’eau, le sol, la santé, la biodiversité.
Nous avons tous un rôle à jouer : en tant que citoyens, consommateurs, élus ou militants, nous devons refuser que des intérêts privés dictent l’avenir de notre agriculture. Soutenir la Confédération paysanne, c’est soutenir une vision ambitieuse, exigeante, mais profondément humaine du monde rural et de ses forces vives.