/image%2F7041264%2F20250520%2Fob_491829_1000052738.png)
"Faut les faire bosser, les fainéants."
Cette phrase, devenue un slogan de comptoir comme de plateau télé, n’est pas tombée du ciel. Elle est le fruit d’années de discours répétés, assumés, martelés, par celles et ceux qui n'ont eu de cesse de désigner les pauvres, les précaires, les exclus, comme responsables de leur sort. Le fruit amer d’une stratégie politique bien rodée, qui consiste à opposer les classes populaires entre elles, à détourner les regards des vrais responsables, à construire des boucs émissaires à bas coût.
Cette leçon-là, distillée dans les discours officiels, sur les plateaux des chaînes d’info en continu, et dans les débats parlementaires sans consistance sociale, a fini par produire ses effets. Elle s’est insinuée dans les conversations, les pensées, les réflexes. Aujourd’hui, c’est monsieur Tout-le-Monde, convaincu d’avoir tout compris, qui vient donner la leçon au président, sur un ton presque solennel : "Il faut faire bosser les assistés, monsieur le Président. On en a marre de payer pour eux."
Et là, surprise.
Le président, celui-là même qui a théorisé la fainéantise supposée d’une partie de la population, celui qui conseillait de traverser la rue pour décrocher un job, celui qui oppose sans cesse les "gens qui réussissent" et les autres, semble presque gêné. Comme s’il n’avait pas voulu qu’on pousse la logique aussi loin. Comme s’il fallait maintenant dire à ce citoyen modèle qu’il exagère un peu. Qu’il devrait peut-être tempérer.
Mais qu’a-t-il cru, ce président ?
À force d’alimenter les imaginaires de défiance, à force de nourrir les récits de méritocratie fallacieuse, à force de criminaliser la pauvreté, d’humilier les bénéficiaires du RSA, de fustiger les "droits sans devoirs", que pensait-il que le peuple allait répondre ? L’intolérance généralisée n’est pas une dérive, c’est une conséquence. Une conséquence directe d’un discours politique qui préfère diviser que soigner, qui préfère accuser que comprendre, qui préfère mépriser que servir.
N’en jetez plus.
Le job est fait.
À défaut d’avoir relevé la France – comme ils aiment à le dire –, ils ont relevé le niveau de défiance, d’aigreur, d’agressivité dans tout le pays.
C’est lamentable. Mais ce n’est pas une erreur : c’est une stratégie. Une stratégie cynique, délibérée, efficace. Et malheureusement, terriblement prévisible.