Quand j’ai entendu Élisabeth Borne déclarer qu’il faudrait préparer les enfants à leur avenir professionnel dès la maternelle, j’ai d’abord cru à une mauvaise blague. Mais non. Cette vision existe bel et bien, et elle est portée par celles et ceux qui pensent encore que l’école devrait être avant tout une fabrique à main-d’œuvre docile et rentable.
Je suis profondément choqué par cette déclaration. Indigné, même.
À 3 ans, un enfant a besoin de rêver, de jouer, de se salir, de rire, d’explorer le monde à son rythme. Il a besoin de sécurité, d’affection, de liberté. Ce qu’on appelle "maternelle", ce n’est pas une salle d’attente pour l’entreprise, c’est un espace d’éveil, de découverte, de socialisation. Un lieu où se construisent les bases de l’être, pas du "faire".
Cette obsession de la performance, de l’efficacité, de l’orientation dès le plus jeune âge, c’est le symptôme d’une société malade. Une société qui a oublié que l’enfant n’est pas un futur travailleur, mais une personne en devenir. Une société qui préfère investir dans la compétitivité plutôt que dans l’émancipation.
Je refuse qu’on vole l’enfance. Je refuse que l’on transforme l’école en machine à trier, à classer, à formater. L’école doit être un lieu d’émancipation, pas un terrain d’entraînement à l’adaptation constante au marché.
Derrière cette logique, il y a une idéologie bien plus vaste et bien plus dangereuse : celle qui mesure toute chose à l’aune de sa rentabilité. Celle qui considère que la réussite se mesure en courbe de croissance. Celle qui voit dans chaque enfant une future variable économique.
Je veux une école qui donne des racines et des ailes. Une école qui éveille les consciences, qui nourrit les imaginaires, qui apprend la coopération avant la compétition. Une école qui prépare à vivre ensemble, pas à se vendre sur un marché.
Je me battrai toujours pour une éducation libératrice, pas utilitariste. Pour une école publique qui protège l’enfance au lieu de la sacrifier. Parce que défendre la maternelle, ce n’est pas défendre une étape scolaire : c’est défendre une certaine idée de l’humain.