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Le souvenir, c’est cette présence invisible qui me suit sans bruit. Et parmi tous les visages aimés, il y a le sien, plus fort que tous les autres. Mon père. Parti, mais toujours là. Dans l’air que je respire, dans les silences que je garde, dans les gestes que je fais sans y penser.
Il m’accompagne dans les détours de la vie, avec cette discrétion qui était la sienne. Il n’occupait pas l’espace, il le tenait. Solide, droit, un peu rugueux parfois, mais juste. C’est après son départ que j’ai compris l’ampleur de ce qu’il avait transmis, sans discours, sans démonstration.
Je revois certains moments avec une clarté nouvelle. Des scènes banales — une marche à ses côtés, un silence autour d’un café, une remarque lancée du bout des lèvres. Des choses que j’ai, à l’époque, peut-être mal comprises, ou pas entendues comme il fallait. J’aurais voulu lui poser plus de questions. J’aurais voulu lui dire plus souvent ce qu’il représentait pour moi. J’aurais voulu l’écouter mieux, et peut-être aimer plus fort, plus tôt.
Il y a ce regret, oui. Ce petit vide entre ce que nous avons vécu et ce que nous aurions pu vivre. Mais ce n’est pas un regret qui ronge, c’est un regret qui rend humble. Un regret d’enfant devenu adulte, qui comprend trop tard la profondeur des choses simples. La valeur d’un regard. D’un "je suis là" sans mots.
Il est là dans mes choix, dans mes combats, dans les valeurs que je défends. Il est là dans mes doutes aussi, quand je me demande ce qu’il aurait pensé, ce qu’il m’aurait conseillé. Et parfois, je me dis qu’il serait fier. J’espère qu’il le serait. Même si je ne l’ai pas toujours compris. Même si je n’ai pas su lui dire à quel point il comptait.
Le souvenir, c’est ça : cette main qu’on cherche encore, cette voix qu’on croit entendre, ce regard qu’on imagine. Et ce cœur qui serre un peu plus fort à certaines dates, certains lieux, certaines odeurs.
Il m’a appris, sans le dire, à marcher droit, à respecter les autres, à croire dans le travail bien fait, à ne pas trahir ses valeurs. Ce sont des leçons qui me tiennent debout aujourd’hui, même si j’aurais aimé les apprendre autrement. Moins tard. Avec lui encore là.
Mais je marche avec lui. Je vis avec ce qu’il m’a donné, et avec ce que je n’ai pas su lui rendre. Et tant que je me souviens, tant que je l’invoque dans mes silences, il n’est pas tout à fait parti.