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Même si le risque zéro n’existera jamais, un tel drame doit nous interpeller collectivement et poser une nouvelle fois la question de l’état de la psychiatrie dans notre pays. Il ne s’agit pas de céder à l’émotion seule, mais d’en tirer les enseignements nécessaires pour éviter que ces tragédies ne deviennent une normalité acceptée. Car au-delà de l’effroi, ces situations doivent nous pousser à regarder en face les carences structurelles de notre système de soin, en particulier dans les domaines de la santé mentale.
Cela fait des années que je tire la sonnette d’alarme sur la déliquescence du secteur de la prévention, et j’affirme avec force que la psychiatrie – qu’elle soit infantile ou adulte – est aujourd’hui sinistrée. Il suffit d’avoir, un jour, cherché une solution de soin pour un enfant en souffrance psychique, un adolescent en détresse, ou un adulte en crise pour mesurer l’ampleur du problème. Des listes d’attente de six mois, un an, parfois deux ans, voilà le quotidien de nombreux parents, éducateurs, médecins ou travailleurs sociaux confrontés à ces réalités. C’est notoirement insuffisant et profondément injuste.
Côté hospitalisations, le constat est tout aussi alarmant. Faute de lits disponibles, les séjours sont écourtés, les prises en charge incomplètes, les suivis morcelés. Le fameux « turn-over » imposé par le manque de moyens empêche tout véritable travail thérapeutique en profondeur. On soigne dans l’urgence, on colmate, on renvoie chez soi sans garantie, et on espère que ça tienne. Voilà où nous en sommes.
Et que dire de la pénurie criante d’infirmiers et de médecins scolaires ? Ces professionnels sont pourtant en première ligne pour repérer les signaux faibles, établir des liens de confiance, prévenir les crises. Leur absence sur le terrain est un facteur aggravant de notre impuissance collective. Ce sont des maillons essentiels du filet de sécurité que nous devrions tisser autour des jeunes et des plus vulnérables. Sans eux, ce filet se transforme en passoire.
À chaque drame, et même si je comprends l’émotion sincère qu’il suscite, il est essentiel de rappeler que les réponses politiques sont trop souvent inexistantes ou purement cosmétiques. Or, l’actualité budgétaire nous l’indique clairement : rien ne va s’arranger. Les restrictions s’accumulent, les postes gelés ou supprimés, les appels à projets se substituent aux financements pérennes. Le saupoudrage remplace la stratégie, et l’on gère la pénurie au lieu de bâtir une politique de santé publique digne de ce nom.
Au risque de ne pas me faire que des amis, je le dis sans détour : si la seule réponse politique à un drame dans une école, c’est d’y installer un portique de sécurité, alors nous avons collectivement renoncé. Nous avons choisi, une fois de plus, de traiter les symptômes visibles au lieu de soigner les causes profondes. Nous avons préféré rassurer à court terme plutôt que de construire un avenir plus sûr.
L’argent public, s’il est réellement mobilisé pour la sécurité et la protection de nos enfants, devrait être investi là où il est le plus utile : dans l’éducation, dans les structures d’accompagnement, dans les soins précoces, dans la présence humaine qualifiée sur tout le territoire. Ce n’est qu’en remettant du sens, de l’écoute et de la continuité dans nos politiques éducatives, sociales et sanitaires que nous verrons des résultats durables.
Il est temps de faire un choix : celui d’une société qui prévient, qui soigne et qui accompagne, plutôt que celle qui réagit, sécurise à la va-vite et détourne le regard.