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Je ne peux rester silencieux face aux déclarations de Laurent Wauquiez sur l’Office français de la biodiversité (OFB). Ses propos, empreints d’un populisme cynique, ne sont qu’une nouvelle tentative de flatter un électorat en quête de boucs émissaires, au détriment du débat de fond. Présenter l’OFB comme une "coalition d’idéologues" qui "harcèle" les agriculteurs, c’est faire preuve d’une malhonnêteté intellectuelle criante. C’est aussi, et surtout, une manière de détourner l’attention des véritables responsabilités en matière de crise environnementale.
Ce n’est un secret pour personne : la biodiversité s’effondre à un rythme alarmant, et nous en sommes tous responsables. Depuis des décennies, l’agriculture productiviste, encouragée par des politiques publiques aveugles, a participé à l’appauvrissement des sols, à la pollution des eaux et à la disparition de nombreuses espèces animales et végétales. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait scientifique. Et pourtant, au lieu d’encourager une transition vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement, Wauquiez choisit de jeter l’opprobre sur ceux qui tentent d’en limiter les dégâts.
Car que fait l’OFB, sinon appliquer des lois votées démocratiquement, veiller à la préservation des écosystèmes et accompagner les acteurs locaux vers une gestion plus durable des ressources ? Ses agents ne sont pas des "idéologues", ce sont des professionnels investis, souvent confrontés à l’hostilité et à l’incompréhension, qui travaillent avec une conviction que certains élus feraient bien de leur envier. Attaquer l’OFB, c’est attaquer l’idée même d’un État régulateur, d’un État garant de l’intérêt général face aux intérêts privés.
Je refuse d’entrer dans cette logique simpliste qui voudrait opposer les agriculteurs aux défenseurs de l’environnement. C’est un leurre. La réalité est bien plus complexe. La majorité des agriculteurs, bien conscients des enjeux, tentent d’adapter leurs pratiques, parfois dans la douleur, souvent avec un manque cruel de soutien. Leur détresse ne vient pas de l’OFB, mais d’un système qui les pousse toujours plus à produire, à exploiter, à survivre dans un modèle qui ne tient plus. Plutôt que de leur offrir des perspectives d’avenir, Wauquiez leur vend un ennemi commode, un bouc émissaire sur lequel déverser leur frustration. C’est irresponsable, c’est indigne.
Le combat pour la biodiversité ne devrait pas être un enjeu partisan. Il ne s’agit pas d’un caprice d’écologistes radicaux, ni d’un luxe réservé aux pays riches. Il en va de notre survie collective. Chaque hectare de terre arable perdu, chaque rivière asphyxiée par les nitrates, chaque espèce animale qui disparaît nous rapproche d’un point de non-retour. Face à cela, nous avons besoin de politiques courageuses, de dialogue, d’une vision à long terme. Pas de petites phrases démagogiques destinées à cliver et à flatter les instincts les plus primaires.
Nous devons refuser cette fuite en avant. Nous devons défendre celles et ceux qui, sur le terrain, tentent encore d’éviter le pire. Nous devons exiger des responsables politiques qu’ils cessent de sacrifier l’intérêt général sur l’autel de leurs ambitions électorales. L’OFB n’est pas l’ennemi. L’ennemi, c’est l’aveuglement. L’ennemi, c’est l’inaction. L’ennemi, c’est cette politique du court terme qui nous condamne, collectivement, à un avenir invivable.