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Le désengagement du département de l’Essonne dans le financement de la prévention spécialisée me révolte profondément. Travaillant au plus près des réalités sociales, je mesure chaque jour l’importance du travail mené par les éducateurs spécialisés. Ils ne se contentent pas d’accompagner des jeunes en difficulté, ils leur offrent un espace de dialogue, une main tendue à un moment où tout semble s’effondrer autour d’eux. En réduisant leur présence sur le terrain, on brise ce lien précieux, on condamne ces jeunes à l’errance et au désespoir.
Je pense à ces adolescents en rupture scolaire, ces jeunes confrontés à des violences familiales ou à des addictions, ceux qui vivent dans des environnements marqués par la précarité et l’absence de perspectives. Pour eux, la prévention spécialisée est bien souvent la seule alternative avant de sombrer. Elle permet de désamorcer des situations avant qu’elles ne deviennent ingérables, avant que l’exclusion ne soit irréversible. La suppression ou la réduction de ces moyens d’intervention, sous prétexte de restrictions budgétaires, est une aberration qui aura des conséquences bien plus lourdes à long terme.
Car ce désengagement ne signifie pas seulement moins d’éducateurs sur le terrain, il signifie aussi plus de tensions, plus de décrochages scolaires, plus de jeunes livrés à eux-mêmes. Il signifie également une pression accrue sur d’autres services publics : la police, la justice, l’aide sociale à l’enfance, les hôpitaux. En réduisant les moyens de prévention, on reporte le problème vers des dispositifs déjà saturés, et surtout, on agit trop tard, lorsque les situations sont devenues explosives.
Et je ne peux m’empêcher de me poser une question dérangeante : à qui profite cette insécurité grandissante ?
Moins de prévention, c’est plus de jeunes en errance, plus de tensions sociales, et à terme, une montée de la délinquance. Or, cette insécurité permet de justifier des politiques plus répressives : plus de caméras, plus de policiers, plus de lois sécuritaires. Ces mesures sont souvent mieux perçues par l’opinion publique que le travail de fond de la prévention, car elles donnent une impression d’action immédiate et visible. Pourtant, elles ne règlent rien, elles ne font que masquer les causes profondes du problème.
Je vois aussi comment l’insécurité est instrumentalisée politiquement. Plutôt que de parler de précarité, d’inégalités ou de manque de services publics, certains préfèrent agiter la peur du crime et des incivilités. Cela leur permet d’alimenter un discours anxiogène, d’opposer les « bons citoyens » aux « fauteurs de trouble », de diviser pour mieux régner.
Mais il ne faut pas être naïf : derrière cette montée de l’insécurité, il y a aussi des intérêts économiques. L’industrie de la sécurité privée, les entreprises de vidéosurveillance, les fabricants de matériel policier et carcéral prospèrent grâce à la peur du crime. Plutôt que d’investir dans des éducateurs spécialisés, on favorise ces marchés, souvent liés à des intérêts politiques et financiers.
Et puis, il y a le cynisme du court-termisme électoral. La prévention demande du temps et des moyens. Elle ne produit pas de résultats immédiats et n’apporte pas de « victoire » politique rapide. À l’inverse, des mesures sécuritaires spectaculaires, comme l’augmentation du nombre de policiers ou la construction de nouvelles prisons, sont faciles à annoncer et populaires dans les sondages.
Mais à quel prix ?
Ce ne sont pas les habitants des quartiers concernés qui profitent de cette situation, ni les forces de l’ordre qui doivent gérer des tensions accrues sur le terrain, ni les jeunes qui se retrouvent piégés dans un engrenage infernal. Cette insécurité profite avant tout à ceux qui s’en servent comme un outil de pouvoir, un argument électoral ou une opportunité économique.
Face à cette mécanique bien huilée qui préfère gérer les conséquences plutôt que de traiter les causes, je refuse de me taire. La prévention spécialisée n’est pas un luxe, c’est un outil indispensable pour maintenir du lien, pour accompagner, pour donner une seconde chance à ceux qui en ont besoin. Derrière chaque budget coupé, il y a des destins brisés, des vies gâchées. Je ne veux pas être complice de cette indifférence organisée. Je continuerai à me battre pour qu’elle soit reconnue à sa juste valeur, pour qu’enfin, on investisse dans l’avenir au lieu de se complaire dans la gestion du chaos.