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Ce qui me déçoit profondément dans la montée des nationalismes, c’est qu’elle s’accompagne d’une régression du principe de solidarité humaine. Au lieu de voir chaque individu comme un citoyen du monde, connecté à d’autres par des valeurs communes de dignité et de respect, on cherche à inscrire l’identité dans des cases étroites, délimitées par des critères ethniques, culturels ou géographiques. Ce phénomène m’inquiète car il transforme la nationalité en un label excluant, un moyen de catégoriser les individus, de juger leur place dans la société sur la base de leurs origines ou de leur appartenance à un groupe particulier.
Le plus amer, c'est que cette logique ne repose pas sur des faits concrets ou sur des raisons objectives, mais plutôt sur une peur de l’autre, un refus de ce qui est perçu comme étranger ou menaçant. Ce qui devrait être une ouverture au monde devient alors un piège : la peur de l'inconnu, des « autres », qui devient plus forte que la recherche du bien commun. Chaque différence se transforme en une menace et non en une richesse. C’est paradoxal, car dans une époque où l’interconnexion est possible à une échelle jamais vue, les nationalismes semblent nous pousser à nous replier sur des territoires réducteurs.
Je trouve cela d’autant plus décevant qu’il y a des luttes mondiales communes qui transcendent les frontières nationales. Les crises économiques, environnementales, les inégalités sociales ou les droits de l'homme ne se limitent pas aux frontières tracées sur une carte. Mais les nationalismes, en plaçant des barrières imaginaires, nous empêchent de nous unir face à ces enjeux. Par exemple, la question de la migration, traitée sous l’angle de la menace et de l’envahissement, ignore les causes profondes comme les guerres, la pauvreté ou les dérèglements climatiques, qui sont des phénomènes mondiaux.
Je suis déçu aussi par le manque de vision à long terme de ces mouvements. Ils semblent s’ancrer dans une époque révolue, où les nations se mesuraient à leur pouvoir militaire ou économique. Or, aujourd’hui, les défis mondiaux nécessitent une coopération au-delà des frontières, une redéfinition des rapports entre les peuples. Il est difficile de croire qu’un repli sur soi-même puisse offrir une solution à un monde de plus en plus globalisé. Au contraire, ce genre de politique nourrit la méfiance, l’intolérance et la violence.
Et ce qui m’attriste encore plus, c’est la manière dont ces nationalismes se nourrissent de l’indifférence à la souffrance de l’autre. Ils transforment des récits de solidarité en histoires de compétition, où chaque pays est un acteur isolé, rivé sur ses propres intérêts. Cette vision du monde me semble incompatible avec les idéaux humanistes qui ont façonné de nombreuses luttes pour la liberté et l’égalité. Nous oublions que derrière chaque chiffre, chaque « migrant », chaque « réfugié », il y a une histoire, une personne. Mais le nationalisme, en cultivant le rejet, fait abstraction de cette humanité commune.
La montée des nationalismes, en définitive, me déçoit parce qu’elle ignore ce que j’ai toujours cru être essentiel : la solidarité humaine, la capacité à voir au-delà des différences superficielles, à comprendre que nos destins sont entrelacés et que les problèmes globaux exigent des réponses collectives. Elle me semble rétrograde, un appel à un passé révolu, quand nous devrions nous tourner vers un avenir où la coopération entre les peuples et le respect des droits universels sont au cœur de notre action commune.