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Le traitement réservé aux AESH me révolte. Profondément.
Depuis des années, on leur demande de porter à bout de bras l’école dite « inclusive ». D’accompagner des enfants aux besoins spécifiques, de tenir face à la détresse, à la fatigue, à la complexité des situations. On leur demande de faire toujours plus, avec toujours moins. Des salaires indignes, des temps partiels imposés, des contrats précaires, une reconnaissance inexistante.
Et comme si cela ne suffisait pas, le Sénat vient de rejeter le texte qui aurait enfin permis une avancée majeure : un véritable statut pour les AESH, une sécurisation de leur parcours professionnel, une reconnaissance à la hauteur de leur rôle. Ce rejet n’est pas anodin. Il est politique. Il dit clairement une chose : on préfère les discours sur l’inclusion aux actes concrets qui coûtent un peu d’argent mais rapportent énormément d’humanité.
Je ne peux pas accepter ce double discours. On ne peut pas, d’un côté, se féliciter de défendre l’école inclusive et, de l’autre, refuser aux personnels qui la rendent possible des conditions de travail dignes. Ce choix n’est ni neutre ni technique. Il est idéologique. Il consiste à considérer que certaines vies professionnelles peuvent rester précaires sans que cela pose problème.
En tant qu’éducateur spécialisé, je sais ce que représente l’accompagnement au quotidien. En tant qu’élu, je vois ce que produit la maltraitance institutionnelle : de l’épuisement, du découragement, des ruptures. Et au final, ce sont toujours les plus fragiles qui paient la facture : les AESH elles-mêmes, mais aussi les enfants et leurs familles.
Ce rejet par le Sénat est une occasion manquée, mais surtout un signal inquiétant. Il montre que l’on continue à sacrifier des travailleuses – car ce sont majoritairement des femmes – sur l’autel des économies budgétaires et du confort institutionnel.
Je refuse cette logique. Je refuse qu’on parle d’inclusion tout en organisant la précarité. Défendre les AESH, ce n’est pas une revendication corporatiste. C’est un choix de société. Et aujourd’hui, ce choix n’a pas été fait.