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Je suis éducateur spécialisé. Et chaque jour, je vois s’installer dans le travail social une logique qui n’a rien à y faire : la logique managériale.
On nous parle performance, optimisation, reporting… comme si l’humain se gérait comme une ligne budgétaire.
Je le dis clairement : c’est une dérive dangereuse.
Un chef de service n’est pas un manager.
Ce n’est pas un gestionnaire d’indicateurs, ce n’est pas un contrôleur de process.
Un chef de service, c’est — ou ça devrait être — un professionnel du sens, un travailleur social avec de l’expérience, un repère pour les équipes, un garant de l’éthique et de la cohérence des pratiques.
Mais aujourd’hui, cette vision est attaquée.
La transformation managériale est déjà là, bien installée, sournoise.
On l’entend dans les réunions, on la voit dans les tableurs, on la ressent dans les injonctions paradoxales.
Elle infantilise les professionnels, elle standardise les pratiques, elle tue le temps de la relation.
Et soyons honnêtes : elle abîme les gens — les travailleurs sociaux comme les personnes accompagnées.
C’est une transformation mortifère.
Mortifère pour nos métiers, parce qu’elle vide de sens ce qui faisait leur valeur.
Mortifère pour notre secteur, parce qu’elle impose des logiques qui n’ont rien d’humain.
Mortifère, surtout, pour celles et ceux que nous accompagnons, qui deviennent malgré eux des “dossiers”, des “flux”, des “objectifs”.
Face à cela, je refuse de me taire.
Je refuse de regarder le travail social glisser vers un modèle qui le trahit.
Et oui, c’est aussi pour cette raison que je me suis engagé politiquement.
Je me suis engagé parce qu’il faut défendre un travail social qui respecte les professionnels et les publics.
Un travail social qui met l’humain avant les chiffres.
Un travail social qui protège les valeurs de solidarité, de dignité, d’émancipation.
Un travail social qui ne cède pas aux modes managériales importées du privé, totalement inadaptées à nos réalités.
Je ne me bats pas pour un confort professionnel.
Je me bats pour un choix de société.
Parce qu’au bout de cette bataille, il y a des vies, des parcours, des destins.
Il y a la possibilité d’un accompagnement digne ou d’une administration froide.
Alors oui, il faut contrer cette transformation mortifère.
Il faut rappeler que nous ne sommes pas des exécutants, mais des professionnels engagés.
Il faut redonner au chef de service son vrai rôle : celui d’un pilote du sens, pas d’un manager de tableaux Excel.
Je continuerai à le dire, à le défendre, à le porter partout où je peux :
le travail social n’est pas une entreprise.
L’humain n’est pas un produit.
Et je refuse de laisser cette évidence disparaître.