La maladie d’Alzheimer de ma maman dit de moi que je vis avec une absence qui respire encore.
Elle dit que je regarde s’effriter ce qui m’a construit, sans pouvoir le retenir. Quand sa mémoire s’en va, ce ne sont pas seulement ses souvenirs qui disparaissent, ce sont aussi des morceaux de mon enfance, des preuves de ce que nous avons été ensemble. Je deviens celui qui se souvient pour deux, celui qui porte une histoire qu’elle ne peut plus confirmer.
Elle dit que j’ai appris à aimer autrement. À aimer sans reconnaissance, sans continuité, parfois sans regard. À aimer une femme qui n’est plus tout à fait la mère que j’ai connue, mais qui reste profondément elle, dans un sourire fugace, une intonation, une émotion brute. J’aime sans retour assuré, et cela me révèle plus que je ne l’aurais voulu.
Elle dit que j’ai changé de place. Que je ne suis plus seulement l’enfant, mais celui qui veille, qui explique, qui rassure. Cette inversion me fragilise autant qu’elle me structure. Je fais semblant de tenir, alors que souvent je vacille. Et pourtant, je suis là.
Elle dit aussi ma colère. Contre l’injustice de la maladie, contre le temps qui vole sans rendre, contre un monde qui ne sait pas quoi faire de la lenteur et de la dépendance. Cette colère, je la porte en silence, parce qu’elle n’a pas de coupable, seulement des dégâts.
Mais la maladie d’Alzheimer de ma maman dit surtout que je crois encore à la dignité, même quand tout semble l’effacer. Elle dit que je refuse de réduire une vie à ce qu’elle a perdu. Elle dit que je reste, non par héroïsme, mais par fidélité.
Et si je suis parfois fatigué, parfois perdu, parfois triste au point de ne plus savoir quoi dire, alors oui , cela aussi, la maladie de ma maman le dit de moi :
je suis humain, profondément, douloureusement humain.La maladie d’Alzheimer de ma maman dit de moi que je vis avec une absence qui respire encore.
Elle dit que je regarde s’effriter ce qui m’a construit, sans pouvoir le retenir. Quand sa mémoire s’en va, ce ne sont pas seulement ses souvenirs qui disparaissent, ce sont aussi des morceaux de mon enfance, des preuves de ce que nous avons été ensemble. Je deviens celui qui se souvient pour deux, celui qui porte une histoire qu’elle ne peut plus confirmer.
Elle dit que j’ai appris à aimer autrement. À aimer sans reconnaissance, sans continuité, parfois sans regard. À aimer une femme qui n’est plus tout à fait la mère que j’ai connue, mais qui reste profondément elle, dans un sourire fugace, une intonation, une émotion brute. J’aime sans retour assuré, et cela me révèle plus que je ne l’aurais voulu.
Elle dit que j’ai changé de place. Que je ne suis plus seulement l’enfant, mais celui qui veille, qui explique, qui rassure. Cette inversion me fragilise autant qu’elle me structure. Je fais semblant de tenir, alors que souvent je vacille. Et pourtant, je suis là.
Elle dit aussi ma colère. Contre l’injustice de la maladie, contre le temps qui vole sans rendre, contre un monde qui ne sait pas quoi faire de la lenteur et de la dépendance. Cette colère, je la porte en silence, parce qu’elle n’a pas de coupable, seulement des dégâts.
Mais la maladie d’Alzheimer de ma maman dit surtout que je crois encore à la dignité, même quand tout semble l’effacer. Elle dit que je refuse de réduire une vie à ce qu’elle a perdu. Elle dit que je reste, non par héroïsme, mais par fidélité.
Et si je suis parfois fatigué, parfois perdu, parfois triste au point de ne plus savoir quoi dire, alors oui — cela aussi, la maladie de ma maman le dit de moi :
je suis humain, profondément, douloureusement humain.
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