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Je parle d’école inclusive parce que je crois profondément que chaque enfant a sa place à l’école. Pas dans une école à part, pas dans un dispositif relégué, mais au cœur de la classe, avec les autres. Mais plus le temps passe, plus je mesure l’écart entre ce que l’on proclame et ce que l’on fait réellement.
Cet écart porte un nom : les AESH.
Je les vois au quotidien. Je les vois entrer dans les classes avec une discrétion presque imposée, comme s’il ne fallait pas trop qu’on les remarque. Pourtant, sans elles, sans eux, rien ne tient. Ce sont elles qui permettent à un enfant de rester concentré, de comprendre une consigne, de ne pas décrocher, de ne pas se sentir exclu. Ce sont elles qui rendent possible ce que l’on appelle l’inclusion.
On parle souvent d’aide. En réalité, il s’agit d’un travail éducatif à part entière. Un travail qui demande des compétences, de l’attention, de la patience, une capacité d’adaptation permanente. Un travail qui engage une responsabilité humaine immense. Et pourtant, ce travail est précarisé, sous-payé, invisibilisé.
Je vois des AESH enchaîner les établissements, courir d’une école à l’autre, compter leurs heures, accepter des contrats qu’aucun autre métier n’accepterait durablement. Je vois des professionnels essentiels à l’avenir d’enfants en situation de handicap vivre dans l’incertitude permanente. Cette contradiction est violente.
Je refuse l’hypocrisie qui consiste à célébrer l’école inclusive tout en laissant celles et ceux qui la rendent possible dans la précarité. Je refuse qu’on demande à des AESH d’être la clé de voûte du système éducatif sans leur donner la reconnaissance, le statut et les moyens qui vont avec.
Défendre les AESH, ce n’est pas défendre une catégorie professionnelle de plus. C’est défendre une certaine idée de l’école. Une école qui n’exclut pas. Une école qui ne trie pas. Une école qui considère que l’accompagnement n’est pas un luxe, mais un droit.
Tant que les AESH resteront invisibles et fragilisés, l’école inclusive restera une promesse inachevée.
Mes propositions
Je propose d’abord de reconnaître pleinement le rôle des AESH comme un métier à part entière. Pas un statut transitoire, pas une variable d’ajustement, mais une fonction éducative essentielle au service public de l’école.
Je propose une revalorisation salariale immédiate, permettant aux AESH de vivre dignement de leur travail. On ne peut pas demander une présence stable et engagée à des professionnels maintenus dans la précarité.
Je propose la fin du temps partiel imposé. L’accompagnement des élèves ne peut pas reposer sur des contrats morcelés qui fragilisent à la fois les AESH et les enfants qu’ils accompagnent.
Je propose un véritable parcours de formation, initiale et continue, reconnu et qualifiant, afin de renforcer les compétences, la confiance et la légitimité des AESH au sein des équipes éducatives.
Je propose une meilleure intégration des AESH dans la communauté éducative, avec une place reconnue dans les équipes, les échanges pédagogiques et les décisions qui concernent les élèves qu’ils accompagnent.
Je propose enfin que les collectivités locales prennent toute leur part : en soutenant les AESH quand c’est possible, en relayant leurs réalités, en interpellant l’État, et en refusant que l’école inclusive soit une simple déclaration d’intention.
Ces propositions ne sont pas idéologiques. Elles sont pragmatiques.
Parce que sans AESH reconnus, protégés et respectés, il n’y a pas d’école inclusive.
Il n’y a que des enfants laissés au bord du chemin.