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Après le reportage d’Envoyé spécial sur la prostitution de mineures placées à l’ASE, il est essentiel d’en parler. Mais cela ne doit en aucun cas conduire à jeter l’opprobre sur les professionnels. Ce serait un raccourci trop facile, presque confortable.
Les responsabilités sont multiples et partagées, mais le cœur du problème reste le même : un manque criant de moyens humains et matériels pour accompagner une population en détresse profonde.
Il faut se défaire de l’idée qu’un système, quel qu’il soit, pourrait garantir à 100 % l’absence de fugues. Quand un jeune veut fuguer, il finit souvent par y parvenir. Le constat est terrible, mais réel. Prétendre le contraire relève d’un discours qui n’a plus grand-chose à voir avec la protection de l’enfance.
Ce qu’il nous faut, ce sont des lieux d’accueil en petites unités, pluridisciplinaires, adaptés à la diversité des profils. Il ne nous reste parfois qu’une seule possibilité : réussir à susciter chez ces jeunes un intérêt, même minime, pour une autre voie.
Face au développement d’une grande délinquance qui se nourrit de la prostitution, on comprend aussi que la problématique est devenue sécuritaire. L’organisation criminelle est massive, structurée, violente. On pense notamment à cet éducateur auquel on a coupé trois doigts pour avoir tenté de s’opposer à l’enlèvement d’un jeune. Ce n’est pas un fait divers : c’est un signal d’alarme.
Alors oui :
→ davantage de moyens pour l’accueil, avec des structures pensées, cohérentes et limitées en effectif ;
→ davantage de travailleurs sociaux, mais à la condition impérative que leurs contrats leur permettent de vivre dignement ;
→ le retour des éducateurs de rue, maillon essentiel de la chaîne éducative, aujourd’hui trop souvent remis en cause.
Et n’oublions surtout pas la responsabilité des décideurs politiques.
Car ce sont eux qui fixent les priorités budgétaires, qui arbitrent entre l’économie et la protection des plus vulnérables, qui choisissent de renforcer — ou d’affaiblir — les dispositifs de prévention et d’accompagnement. Tant que l’enfance en danger ne sera pas considérée comme un impératif national, tant que l’on continuera à gérer l’urgence avec des moyens dérisoires, nous tournerons en rond.
La société paiera le prix des renoncements politiques ; les jeunes, eux, le paient déjà.