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Je la regarde aujourd'hui, assise dans son fauteuil, et je vois peu à peu son autonomie s’étioler. Elle se déplace avec hésitation, elle oublie parfois comment accomplir de simples gestes, et je dois être là pour l’aider, sans jamais la brusquer. Elle me reconnaît, souvent avec un sourire ou un regard qui me touche profondément, mais parfois son regard hésite, comme si elle doutait de qui je suis vraiment à cet instant.
Chaque fois, elle m’interroge sur des proches disparus depuis longtemps, qu’elle imagine probablement encore vivants. Je ressens alors une douleur mêlée de tendresse : elle vit dans un présent où ces absences n’existent pas, et je m’efforce de répondre avec douceur, de lui parler, de lui rappeler des fragments de réalité, sans briser ses illusions trop brusquement.
Je l’aide parfois à manger, à s’habiller, à se déplacer, et dans chaque geste, je lui témoigne mon amour. Mais je ne peux pas cacher mon désarroi et ma tristesse : voir cette femme que j’ai aimée forte et autonome perdre peu à peu ses repères me bouleverse profondément. Parfois, je me sens impuissant, submergé par la douleur de la voir ainsi, et par la conscience que rien ne pourra arrêter ce lent effacement.
Même si la maladie efface peu à peu les souvenirs et la maîtrise de sa vie, elle reste là, sous ces éclairs de mémoire et ces instants de complicité. Je l’aime profondément, d’une manière nouvelle, attentive et silencieuse, et je m’efforce chaque jour de lui rappeler par mes gestes et mes mots simples que je suis là, que je ne l’oublie pas, que je l’accompagnerai jusqu’au bout.