/image%2F7041264%2F20250822%2Fob_91347c_1000024559.jpg)
La mobilisation du 10 septembre fait couler beaucoup d’encre. Moi, je la crois justifiée. Je continue de me sentir plus proche des appels syndicaux ou politiques, parce que ce sont encore eux qui tiennent debout une tradition de lutte, malgré l’usure. Mais, si je suis honnête, je ne peux pas me départir d’un sentiment tenace : celui d’être désabusé, fatigué même. J’ai l’impression que, plus que nos mobilisations elles-mêmes, ce qui se maintient, ce qui résiste, c’est une exaspération collective qui ne trouve pas d’issue. Elle est là, diffuse, persistante, dans certaines strates de la population, et elle finit par devenir le seul langage commun.
Et dans ce contexte, j’imagine le pouvoir sourire, voire se frotter les mains, devant nos hésitations et nos divisions. Ils savent très bien que les colères éparpillées s’annulent, que les alternoiements épuisent les meilleures volontés. Pendant que nous nous débattons entre découragement, petites rivalités ou querelles d’agenda, eux avancent tranquillement.
Ce qui me glace le plus, c’est de voir l’extrême droite profiter de ce climat, enfilant sans honte le costume de la défense des travailleurs. Une imposture énorme, une mise en scène grotesque, mais qui trouve pourtant un écho. Et ça, je ne peux même plus en rire. Parce que la situation est trop grave, parce que la colère se retourne mal, parce que l’histoire nous a déjà montré où mènent ces travestissements politiques.
Alors oui, j’irai à la mobilisation, parce que je n’arrive pas à renoncer. Mais je le ferai avec ce goût amer, cette sensation qu’on est toujours en train de courir derrière, de répondre trop tard, de crier trop faiblement. Et qu’au fond, ce que nous avons de plus solide aujourd’hui, ce n’est pas l’espérance, c’est l’exaspération.