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L’hôpital dans un état critique
Je n’ai jamais travaillé dans le médical. Je ne sais pas poser une perfusion, je ne connais rien aux protocoles de soins, et je ne sais pas comment on tient debout après une garde de 24 heures. Mais ce que je sais, c’est ce que j’ai vu. Ce que j’ai vécu. Et ce que j’ai ressenti.
Il y a quelques mois, j’ai accompagné un proche à l’hôpital. Une situation banale, en apparence : un malaise, un appel au 15, une ambulance, puis l’attente. Longue, interminable. Dès les premières minutes, quelque chose m’a frappé. Ce n’était pas la gravité de la situation – c’était le silence désespéré dans les yeux des soignants. Un silence qui en disait long.
Les couloirs étaient pleins. Des brancards alignés les uns contre les autres, des patients allongés, certains seuls, d’autres accompagnés, tous dans l’incertitude. J’ai attendu. On a attendu. Des heures. On ne savait pas quoi, ni quand. Et malgré tout ça, malgré le chaos ambiant, j’ai vu des infirmières prendre quelques secondes pour réconforter une vieille dame, des médecins venir expliquer doucement ce qu’ils pouvaient, entre deux urgences. C’est là que j’ai compris. Ce n’est pas eux qui manquent d’humanité. C’est le système qui les vide, qui les broie.
J’ai eu mal pour eux. Et j’ai eu peur pour nous.
On grandit en pensant que l’hôpital est un pilier, un refuge. On se dit qu’en cas de coup dur, il y aura toujours quelqu’un pour nous prendre en charge, pour nous rassurer, pour nous sauver. Mais aujourd’hui, ce pilier tremble. Il craque de partout. Non pas à cause de ceux qui y travaillent – mais à cause de ceux qui, depuis trop longtemps, le regardent s’effondrer sans rien faire.
Je n’ai pas besoin d’avoir une blouse blanche pour dire que l’hôpital est en souffrance. C’est visible, c’est tangible, c’est violent. Les moyens manquent. Le temps manque. L’écoute, la reconnaissance, la vision à long terme… tout semble avoir déserté. On demande à des gens déjà à bout de tenir le système à bout de bras. C’est absurde. Et surtout, c’est dangereux.
Ce que j’ai vu ce jour-là ne me quittera pas. Parce qu’au-delà de l’urgence, au-delà du personnel admirable, il y avait cette impression désagréable qu’on n’était plus en sécurité. Qu’on ne pouvait plus être certain que, si quelque chose nous arrivait demain, l’hôpital aurait les moyens de nous accueillir dignement.
Et ça, c’est une peur nouvelle. Une peur profonde. Une peur que je ne connaissais pas avant. Une peur qu’on partage tous, sans toujours oser le dire.
Alors oui, je ne suis pas médecin. Je ne suis pas du métier. Mais je suis citoyen. Et témoin. Et concerné.
L’hôpital est dans un état critique.
Et nous aussi, quelque part.